Un centon sur le plagiat ! d'Hélène Maurel-Indart

Le revue "Formules" publie dans non nouveau numéro un "Centon du plagiat, où l'on apprend l'histoire véritable, et pitoyable, de l'écriture"... pour s'amuser à retrouver ces textes qui mettent en scène des personnages d'écrivains hantés par le chef d'oeuvre absolu !

Pour aller sur le site de cette revue et voir le sommaire :

Un nouveau livre sur le plagiat paraît pour la rentrée littéraire 2007 !


aux Editions de la Différence : Hélène Maurel-Indart continue ses investigations, encore plus près de l'actualité, avec de nouvelles affaires et des questions cruciales comme la polémique sur Molière-Corneille, le plagiat à l'université, l'analyse textuelle informatisée...

"Le plagiat psychique" ? Camille Laurens, dans son article de la "Revue littéraire" (août 2007) invente une expression qui a au moins le mérite de l'originalité !

La presse s'empare du sujet qui dresse face à face deux romancières publiées chez le même éditeur POL, de la même génération, de la même vague du roman à la fois intimiste et "décalé". Pourtant, les deux romans en cause, "Philippe" de Camille Laurens et "Tom est mort" de Marie Darrieussecq ont une approche assez différente de la mort de l'enfant : d'un côté, un cri de douleur et une tentative pour comprendre et reprendre le dessus d'une souffrance insupportable ; de l'autre, la plongée presque hallucinatoire dans des années de deuil et d'obsession de la perte.

Octobre 2007 : après le "plagiat psychique", une nouvelle accusation de plagiat marque la rentrée littéraire. Ce qui m'est toujours apparu comme un sujet crucial d'interrogation sur le processus de création littéraire (imitation, influence des modèles, réécriture, pastiche...), relève désormais du fait divers dans l'actualité littéraire et, finalement, du drame psychologique plus que de l'analyse textuelle.

Si l'on y regarde d'un peu plus près, on se rend compte que les deux présumées plagiées, Camille Laurens et Alina Reyes (Aline Nardone de son vrai nom) se gardent bien de construire une démonstration méthodique qui mettrait en évidence les points communs entre les deux romans en question. Dans les deux cas, rien ne précis sur la composition, sur la progression narrative ; rien non plus de vraiment étayé sur les caractéristiques psychologiques des personnages principaux, sur leur fonction narrative, sur les rapports qu'ils entretiennent avec les personnages secondaires ; peu de choses en fait sur des scènes caractérisques originales, trop peu en tout cas pour emporter notre conviction. A chaque fois, la promesse de preuve déçoit par la nature partielle ou allusive des citations censées prouver le plagiat. Quant à l'expression, sont mises en parallèles des bribes de phrases coupées sans indication du contexte. Il faurait à chaque fois vérifier l'ampleur des coupures, l'origine des citations, vérifier d'éventuelles sources communes, puisqu'il est question, entre autres, dans l'affaire Haenel/Reyes d'une référence commune à "Moby Dick"...

Certes, on peut à partir de là imaginer le pire et le doute s'impose, le trouble même, tant le ton des accusations est violent, douloureux même. On voudrait spontanément compatir sur le sort de ces victimes du plagiat. Puis on se reprend, on s'impose un peu de recul : qui des deux est la victime ? Car de telles accusations de plagiat, fondées davantage sur des déclarations passionnelles que sur des argumentations méthodiques, consternent : et si c'était pure affabulation, expression sincère de cette paranoia bien connue du plagiat ? Qui, de l'accusateur ou de l'accusé, est la véritable victime ? J'espère bien avoir suffisamment montré, dans mes deux ouvrages précédents, que tout ce travail d'analyse comparative mérite beaucoup plus des déclarations passionnées, respectables en soi parce qu'elles sont le symptôme d'une souffrance mais totalement insuffisantes pour prétendre ruiner la légitimité d'un auteur. Chacun doit pouvoir juger librement du fond de l'affaire à partir de données fiables, complètes et facilement vérifiables.

Or, que ce soit dans la Revue littéraire où s'exprime Camille Laurens ou dans le blog d'Alina Reyes, c'est un flot de propos fielleux qui tient lieu de démonstration. Reste donc, pour apprécier objectivement la nature des éventuels emprunts faits par Marie Darrieussecq et Yannick Heanel à prendre la peine d'une véritable analyse textuelle comparative... Il aurait d'ailleurs mieux valu commencer par là...


La Fête du Livre de Bron est chaque année de plus en plus rayonnante et ambitieuse. Le programme valorise nettement des ouvrages de très bon aloi, ceux que je qualifie de "littérature authentique" ! Lors de la journée dite "professionnelle", s'adressant plus particulièrement aux professionnels du livre, bibliothécaires et documentalistes, Nicole Caligaris et Franz Bartelt ont témoigné de l'authenticité de leur démarche créatrice, de leurs lectures à l'écriture.

C'était effectivement le thème retenu cette année, pour ma plus grande joie, comme vous pouvez l'imaginer : "Dans les coulisses de l'écriture". Le matin était donc consacré à ces deux écrivains, lors d'un débat animé par Thierry Guichard, de la revue littéraire le Matricule des anges, et enrichi des commentaires de Martine Laval, critique littéraire à Téléréma, dont l'indépendance d'esprit fait l'originalité de ses critiques.

L'après-midi m'a permis, grâce aux questions du même Thierry Guichard, de partager avec le public les multiples interrogations sur l'influence et le plagiat. Le sujet, tentaculaire, a permis d'évoquer les fameuses "affaires" d'actualité touchant Henri Troyat, Irène Frain, Alain Minc... Mais les questions sur l'efficacité des logiciels de détection de plagiat m'ont aussi permis d'insister à la fois sur leur utilité, surtout dans les universités où les plagiats posent de plus en plus la question de la valeur des diplômes, et en même temps la nécessité de ne pas s'en tenir là : la contextualisation de l'emprunt, même littéral, ne peut pas, pour le moment du moins, être prise en compte par l'analyse textuelle informatisée : que dira l'ordinateur face à un pastiche ? Il y a grand risque qu'il y voie du plagiat, alors même que la prouesse du pasticheur consiste à imiter avec subtilité les procédés de style d'un hypotexte et d'en reprendre les dominantes thématiques, quitte à en détourner le sens. Tous ces débats méritent à chaque fois nuances et précisions dans les réponses. C'est bien sûr ce que à quoi je me suis attelée dans Plagiats, les coulisses de l'écriture.
28 février 2008 : suite de l'affaire Haenel/Reyes

Les accusations de plagiat à l'encontre de Yannick Haenel et de son roman "Cercle" alimentent depuis plusieurs mois le blog d'Alina Reyes, elle-même auteur de plusieurs romans dont "Forêt profonde" qu'elle estime pillé par le lauréat du prix décembre 2007. Dans son blog amainsnues, elle annonce cette fois-ci qu'elle porte l'affaire devant les tribunaux. L'analyse comparative des deux oeuvres qu'elle donne est beaucoup plus structurée, et du même coup beaucoup plus lisible et troublante que ce que nous avions pu lire précédemment dans ce même blog (voir notre actualité octobre 2007). Cela ne fait aucun doute que les deux auteurs sont imprégnés du même univers imaginaire, d'où les mêmes thématiques et certaines images récurrentes. Après tout, on peut admettre que des écrivains de la même époque, baignant dans un même contexte culturel, puissent se retrouver sur des trames ou des thèmes proches. Il faut lire cependant la liste étonnante des "autres thèmes repris sous une forme très proche ou proche de la formule originale" pour constater la présence dans les deux textes d'images et d'expressions qui peuvent paraître tout à fait personnelles et originales. Au lecteur donc de se faire son idée, en attendant l'appréciation du juge...
Mars 2008 : femmes plagiées

Je suis à la recherche d'exemples de femmes (épouses, amantes) dont les écrits ont été réutilisés par leurs maris ou amants pour leur propre oeuvre. On peut penser en effet que la relation amoureuse favorise ce genre de transfert d'écriture... passant ainsi de la maternité à la paternité d'un texte. Certains cas viennent tout de suite à l'esprit comme Colette et son mari Willy, Zelda Fitzgerald, Catherine Pozzi et son amant Valéry. il y a aussi "les femmes" de Brecht... Ce détournement de signature peut aussi bien se faire sous la forme d'une appropriation forcée, la femme servile étant au service de l'homme créateur, ou bien au contraire du consentement dévoué, la femme assumant alors le beau rôle de l'égérie ou de la muse, dans un amour aussi passionné que discret... Auriez-vous des pistes de ce genre à explorer ? N'hésitez pas à m'envoyer un message ici
20 Mai 2008 : colloque en vue sur le plagiat

L'université South Carolina, Columbia (USA) organisera son 37e colloque de littérature française sur le thème du plagiat du 19 au 21 mars 2009 : "Adaptation, appropriation, plagiarism, hoax". Pour plus de renseignrements, vous pouvez consulter le site Fabula
26 mai 2008 : un article intéressant

Je découvre, avec un certain retard il est vrai, un article très intéressant intitulé "Le plagiat : péché originel ?" de Francisco Javier Cabrera Blazquez, publié en mai 2004 sur le site Internet de l'Observatoire européen de l'audiovisuel. Une distinction très pertinente est faite entre le plagiat comme notion éthique et le plagiat comme violation du droit d'auteur, à savoir comme contrefaçon. L'idée est que si l'on connaît bien la loi sur la propriété intellectuelle, on peut parfaitement agir en toute légalité sans toutefois rendre suffisamment explicites certains emprutns. Je cite l'article : " Le plagiat contraire à l'éthique (mais légal) est principalement sanctionné par une stigmatisation informelle, sociale, non judiciaire." En effet, il est délicat de "déterminer ce qui sépare l'emprunt licite d'une oeuvre intellectuelle de la violation de droit d'auteur". Il peut être tentant, dans ces conditions, de jouer sur les limites pour emprunter, sans tomber sous le coup de la loi. Ne faudrait-il pas s'entendre sur certaines règles de déontologie, en particulier dans le domaine de la recherche ? A lire...
13 juin 2008 : la chasse au plagiat universitaire

Michelle Bergadaa, professeur de marketing et de communication à l'université de Genève, continue à lutter contre toutes les formes de plagiat universitaire, grâce à son site internet Fraude et déontologie. Ce site s'adresse aux professeurs et aux étudiants qui "refusent de fermer les yeux sur la fraude via internet et sur le plagiat des mémoires et des thèses.
Plus particulièrement, une étude a été menée pour connaître l'état de la situation vue par les professeurs puis par les étudiants.
Vous pouvez, pour recevoir des informations actualisées sur la question, vous abonner à la lettre de Michelle Bergadaa. Déjà 16000 abonnés de 14 pays différents ! Ce mois-ci on apprend quels moyens l'université de Louvain en Belgique a mis en place pour lutter contre le plagiat. Grâce à son site internet, cette université a mis en place une véritable campagne, plutôt sympatique et attrayante, à destination des étudiants.
Des cas précis de plagiats universitaires sont soumis à la communauté des internautes pour en discuter et pour évaluer les responsabilités de chacun. Autant d'exemples qui posent des cas de conscience et qui nous obligent à nous interroger sur les limites à ne pas dépasser et sur le code de bonne conduite à respecter. De toute évidence, en effet, la réglementation sur le droit d'auteur n'est pas suffisamment précise pour fixer les règles du jeu et on peut même considérer qu'en matière de recherhce universitaire le droit d'auteur n'est pas assez protecteur. Nous avons souvent montré dans nos ouvrages et nos articles que les recherches sur archives et la mise à jour de données scientifiques, leur interprétation même, n'étaient pas toujours reconnues par les juges comme des créations originales susceptibles d'être protégées.
N'hésitez pas à apporter votre propre contribution à cette lutte contre le plagiat et au débat qu'elle suscite en intervenant directement sur le site de Michelle Bergadaa...