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30 août 2008 : le plagiat de la rentrée
L'année dernière, à la même date, on s'était ému de l'affaire, pas très glorieuse, du "plagiat psychique", invoquée par Camille Laurens. Cette année, c'est plus sérieux, plus troublant : Jean-François Bernardini, l'auteur-compositeur du groupe corse I Muvrini, est assigné pour contrefaçon par une de ses admiratrices, Marie-Paule Pereney, qui semble avoir contribué à un bon nombre de ses chansons et livres, sans que son nom ne soit clairement cité. Par la même occasion, certains lecteurs et journalistes ont remarqué des ressemblances avec des textes de la romancière Sylvie Germain. Je vous renvoie à l'article du Point pour vous faire votre propre idée sur la question. De mon côté, à lire les passages cités, je suis assez inquiète pour le chanteur corse... Mais le procès est ouvert... Affaire à suivre !
11 septembre 2008 : Harry Potter est très protégé
J.K. Rowling a eu gain de cause devant les tribunaux. Le Dictionnaire de Harry Potter qu'un de ses fans projetait de publier ne verra pas le jour. Selon le juge de district Robert Patterson, l'ouvrage présentait trop d'emprunts à l'univers original de la romancière et trop peu de commentaires personnels qui auraient pu ajouer une plus-value au dictionnaire. Il y a donc violation du droit d'auteur. Retrouvez plus d'informations dans le Figaro.
12 septembre 2008 : et maintenant Spielberg...
Vous connaissez Fenêtre sur cour, célèbre film d'Hitchcock, mais c'est aussi une nouvelle de Cornell Woolrich dont s'était inspiré le cinéaste. Contrairement à Hitchcock, Spielberg, pour son film Paranoiak, n'a pas pris la précaution de s'acquitter des droits d'auteur de l'écrivain. Les héritiers de Woolrich viennent de porter plainte. Le site 20 minutes.fr vous en dira plus...
13 septembre 2008 : la correspondance de Françoise Dolto
Daniela Lumbroso, auteur de Françoise Dolto, la vie d'une femme libre, publié chez Plon en 2007, est assignée devant le tribunal de grande instance de Paris pour contrefaçon par Catherine Dolto et Muriel Djéribi-Valentin ainsi que par les éditions Gallimard. 130 emprunts à la correspondance de la psychanyste, publiée chez Gallimard, sont en cause. Une audience est fixée au 29 septembre prochain. Pierre Assouline fait le point sur l'affaire sur son blog La république des livres.
17 novembre 2008 : plagiat par anticipation
Les Editions de Minuit publient un ouvrage de Pierre Bayard sur la notion de "Plagiat par anticipation", héritée des travaux oulipiens. L'auteur nous avait déjà livré un article sur la question de la réversibilité de la chronologie en matière de création littéraire et Marielle Macé fait le point sur cette notion dans le site internet Fabula. Le dernier ouvrage de Pierre Bayard contribue à explorer ce curieux concept. Voici la présentation que fait l'éditeur du nouveau né sur la question :
" On ne cesse d'évoquer l'influence des écrivains et des artistes sur leurs successeurs, sans jamais envisager que l'inverse soit possible et que Sophocle ait plagié Freud, Voltaire Conan Doyle, ou Fra Angelico Jackson Pollock.
S'il est imaginable de s'inspirer de créateurs qui ne sont pas encore nés, il convient alors de réécrire entièrement l'histoire de la littérature et de l'art, afin de mettre en évidence les véritables filiations et de rendre à chacun son dû. "
Bonne lecture...
19 novembre 2008 : les notions de plagiat et d'originalité vues par les juristes et par la critique littéraire, en France et en Angleterre
Une étude comparative vient de paraître aux Etats-Unis. De quoi compléter nos réflexions sur un champ de recherche qui ne peut s'arrêter à nos frontières. Ces notions de plagiat et d'originalité varient certes, selon les pays sous le régime du droit d'auteur ou du copyright, mais précisément des influences réciproques marquent l'évolution de nos pratiques à la fois juridiques et littéraires. La question principale que se posent les auteurs de ce collectif consiste à savoir si les deux domaines, juridique et littéraire, peuvent réussir à dialoguer et à s'entendre sur les définitions et l'usage du plagiat et de la contrefaçon, de la réécriture et de la liberté de création. Dès nos premières recherches sur le plagiat et l'originalité, nous étions personnellement convaincue de la nécessité de rapprocher les deux discours littéraire et jurididique , l'un pouvant donner à l'autre des outils plus fiables d'analyse. Ce livre est donc à voir de très près ! Voici sur le site de l'éditeur un résumé succinct et la table des matières.
22 décembre 2008 : le procès sur la suite des Misérables de Victor Hugo
Nous sommes rassurés, au nom de la liberté de création : les héritiers de Victor Hugo avaient porté plainte contre François Cérésa et les Editions Plon pour atteinte au droit moral lors de la publication en 2001 de Cosette et de Marius. Vendredi 19 décembre, la cour d'appel de Paris a finalement autorisé cette suite des Misérables, condamnant Pierre Hugo, arrière-arrière-petit-fils du romancier, à payer 10 000 € de dommages et intérêts.
Nous avions longuement commenté cette affaire dans Plagiats, les coulisses de l'écriture (La Différence, 2007, p. 46 à 59) en nous inquiétant de l'issue de ce procès à rebondissements. Quelle que soit en effet la qualité littéraire de cette suite, la question était de savoir si le genre même de la suite littéraire pouvait être remis en cause au nom du droit au respect de l'oeuvre. Compte tenu de la popularité du chef d'oeuvre de Hugo et de la nature mythique des personnages qu'il avait créés, il nous semblait qu'un tel interdit porterait atteinte à la liberté de création. Tant de Don Juan, tant de d'Artagnan allographes ont perpétué le souvenir de personnages auxquels les lecteurs insatiables sont restés profondément attachés, au point de vouloir leur offrir de nouvelles destinées dans des continuations.
Pour mémoire : le 22 septembre 2001, le TGI de Paris avait d'abord donné raison à F. Cérésa et aux Ed. Plon ; puis la cour d'appel de Paris avait rendu le 31 mars 2004 un arrêt favorable à Pierre Hugo ; cet arrêt avait été cassé le 30 janvier 2007 par la cour de cassation, en faveur de Plon et de son auteur : "La liberté de création s'oppose à ce que l'auteur de l'oeuvre ou ses héritiers interdisent qu'une suite lui soit donnée à l'expiration du monopole d'exploitation dont ils ont bénéficiés." Enfin, le renvoi en appel a de nouveau confirmé l'arrêt de la cour de cassation ce 19 décembre 2008. Sept ans de procédure... pour mettre fin à une conception figée de la littérature !
12 janvier 2009 : un rapport révélateur sur la relation éthique et plagiat
Michelle Bergadaa, professeur de marketing et de communication à l'université de Genève et responsable d'un site maintenant bien connu sur le plagiat à l'université a présidé, à la demande du rectorat de Genève, un rapport sur "La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants" (132 pages). Ce document concerne aussi bien le « Contexte en mutation » (impact technologies / connaissances, comportements des étudiants et rôle de nos bibliothèques), que « Les projets organisationnels » (formation aux compétences informationnelles, valeurs, normes, règles et outils de détection des similarités).
Ce rapport est téléchargeable et en plus, nous signale Michelle Bergadaa, il se présente sous forme d'un document en ligne que chacun peut compléter.
Il s'agit donc d'un outil de travail pour les étudiants et pour les universitaires soucieux de promouvoir une certaine déontologie à l'université ! Il faut en effet que la collectivité universitaire devienne de plus en plus consciente des dérapages en matière de recherche et des moyens d'y remédier dans un esprit d'honnêteté intellectuelle.
16 janvier 2009 : une nouvelle rubrique pour le site leplagiat.net !
Au menu, une nouvelle rubrique pour les internautes à la recherche d'informations littéraires sur les thèmes du plagiat, de l'originalité, de l'intertextualité et de la réécriture... "Travaux de séminaire" propose de mettre en ligne les travaux de recherche des étudiants du séminaire de master deuxième année que je dirige à l'Université F. Rabelais de Tours. Découvrez les premiers pas de cette nouvelle initiative qui marque peut-être le début d'un projet de bibliothèque électronique sur notre thème de prédilection !
13 février 2009 : plagiat par anticipation
P. Bayard, qui cultive le paradoxe, érige en théorie le concept de "plagiat par anticipation" en poussant bien au-delà du canular ou de la provocation cette notion dont les Oulipiens ont la paternité. Vous pouvez lire mon compte rendu de cet ouvrage, récemment publié aux Editions de Minuit, sur le fabuleux site Fabula, rendez-vous de tous les chercheurs en littérature et en sciences humaines...
23 février 2009 : lettres de "Poilus"
Voilà un drôle de roman, pas drôle du tout, Les Mariés de Verdun de Michel Courcelaud (2007, Ed. Lucien Souny), qui reprend de terribles lettres de Poilus qu'on a la chance de pouvoir lire dans la belle anthologie de J.P. Guéno et Y. Laplume sous le titre Paroles de Poilus (Radio France 1998, Librio). Mais comment peut-on relire ces lettres noyées dans un roman à l'eau de rose, sans s'inquiéter de ce qu'en auraient pensé les défunts Poilus ? Pourvu seulement qu'ils ne se retournent pas dans leur tombe ! Voilà, pour qui en aurait le temps, une piste de reflexion sur le droit moral (droit au respect de l'oeuvre). Donc, lisez plutôt les lettres des Poilus dans leur version originale chez Librio...
27 février 2009 : Bayard, encore...
Le Plagiat par anticipation continue de susciter la réflexion... Voici un nouveau commentaire, tout en nuances, de Franc Shuerewegen sur Fabula intitulé "Aux grands hommes la patrie reconnaissante. La valeur littéraire selon Pierre Bayard". J'attends votre prochain commentaire !
9 mars 2009 : alerte aux thèses !
Geneviève Koubi, Professeur de droit public à l'université Paris 8, nous apprend cette décision récente du Conseil d'Etat concernant l'auteur d'une thèse soutenue en 2005 et intitulée La sécurité sanitaire des aliments en droit international et communautaire. Rapports croisés et perspectives d'harmonisation. Le conseil d'Etat a donc confirmé la décision du CNU de prononcer le retrait de son inscription sur la liste de qualification aux fonctions de maître de conférences. L'argumentaire est intéressant à lire et devrait en faire réfléchir certains sur la question... Vous aurez la décision complète en cliquant sur ce lien. Et n'hésitez pas faire circuler l'information auprès des doctorants que vous connaissez pour leur rappeler les règles en cours !
13 mars 2009 : la lutte contre le plagiat universitaire est-elle vaine ?
Non ! bien sûr... la preuve : cette décision du CNU dont nous vous avons fait part dans la dernière actualité. Cependant, les institutions universitaires européennes sont loin d'avoir pris les mesures nécessaires pour freiner une tendance à la hausse, aussi bien chez les étudiants que chez les chercheurs. Rares, en effet, sont les universités qui sanctionnent ce genre de pratiques ; rares aussi celles qui se dotent d'un logiciel de détection de plagiat. C'est pour réagir à cette défaillance que Michelle Bergadaa, Professeur de communication et marketing à l'Université de Genève, vient de publier "Une situation saugrenue" dans Culture & Société - Sciences de l'Homme, n° 9, janvier 2009, pp. 29-33. En voici un extrait qui insiste sur les enjeux de ce combat :
"Aujourd'hui, on ne dit plus que j'exagère le phénomène et personne ne m'écrit plus que je nuis à l'image de notre communauté en parlant de ce sujet qui fâche. Mais, si tous admettent la gravité de cette crise de la connaissance, rien ou presque ne bouge. Pourquoi ? Je pencherais pour un manque d'énergie qui se manifeste d'abord dans la paresse des enseignants à remettre en question leur métier en mutation. Tous savent que l'avènement d'internet modifie aussi fondamentalement la manière de s'approprier la connaissance, de la créer et de la diffuser que l'avait fait en son temps l'invention de l'imprimerie. Tous reconnaissent que les étudiants d'aujourd'hui bâtissent leurs mémoires et leurs thèses selon la technique du jeu de Lego dont les briques sont des éléments saisis sur la toile, puis personnalisés. Mais, à l'heure où Wikipédia est la source immédiate de référence de nos étudiants, combien d'entre nous ont seulement vérifié la fiabilité de définition des concepts qui constituent la trame de notre enseignement ?"
Comme vous le voyez, Michelle Bergadaa ne pratique pas la langue de bois ! C'est la raison pour laquelle je vous invite à lire son texte en entier et je ne manque pas une occasion de signaler ses actions... Nous sommes peu finalement à oser aborder ces questions de déontologie.
31 mars 2009 : biographie de Georges Mandel
Alain Garrigou, professeur de science politique à l'université Paris X - Nanterre écrit une analyse courageuse et pertinente sur la biographie de Georges Mandel publiée par Nicolas Sarkozy en 1994 chez Grasset. Au-delà de l'analyse comparative, c'est toute une reflexion sur les rapports entre l'édition et le pouvoir qui est en jeu. A lire !
1er avril 2009 : Le Moyen-Orient fait sa chasse au plagiaires
Badr el-Koweit (pseudonyme), créateur du site "Pilleurs de mots", a décidé, avec bien du courage, de dénoncer les pratiques de plagiat qui, selon lui, nuisent au travail des authentiques créateurs. Au début, il a "créé ce site pour dénoncer l'un des journalistes les plus connus au Koweït qui reprenait dans sa chronique quotidienne des articles volés ici et là." Des exemples flagrants de caricatures, de photos ou d'articles montrent l'ampleur du problème. En allant directement sur le site "pilleurs de mots", vous pourrez juger par vous-mêmes ...
10 avril 2009 : j'aimais bien Pierre Perret...
Franchement, quand l'affaire est sortie le 29 janvier 2009 dans le Nouvel Observateur, on pouvait espérer qu'elle en resterait là, comme une sorte de mauvais souvenir : le chanteur du "zizi" accusé d'avoir inventé sa relation privilégiée avec l'écrivain Paul Léautaud et même soupçonné d'avoir plagié Brassens et quelques autres... Un droit de réponse lui avait permis de plaider sa cause le 12 février dans le même journal. Mais aujourd'hui, on apprend que notre drôle de chanteur porte plainte pour "injures publiques et diffamation" devant le TGI de Paris. Je regrette une fois de plus -et je parle malheureusement en connaissnce de cause !- que ce genre de débat soit porté devant un tribunal, avec une issue bien aléatoire, tant ce genre d'affaire nécessite une enquête patiente et sereine qui relève plus de la critique littéraire -si, si...- et biographique. En attendant le verdict d'un procès qui va inévitablement cristalliser les haines, voici un assez bon résumé de l'affaire sur le site 20 minutes.fr. Et si l'affaire vous titille, prenez dans une main votre Perret, dans l'autre votre Brassens, et dîtes-moi lequel pèse le plus lourd dans la balance, à l'aune de la postérité littéraire. J'ai fait mon choix ! Dommage, j'aimais bien Pierre Perret...
11 avril 2009 : Et si Corneille était l'auteur des oeuvres de ...
On y revient, inlassablement ! J'ai essayé de faire le point sur la fameuse affaire "Corneille, nègre de Molière" au chapitre 7 de Plagiats, les coulisses de l'écriture et de leur côté, Jean-Jacques Lefrère et Jean-Paul Goujon ont à leur tour reconnu l'impossibilité de trancher, dans leur essai Ote-moi d'un doute , L'énigme Molière-Corneille. Je n'ai jamais désespéré qu'un jour un document d'époque viendrait miraculeusement donner le fin mot de l'affaire ou qu'une méthode d'analyse textuelle informatisée fiable apporterait de nouvelles certitudes. Mais à ce jour, rien de totalement probant. Encore que...
L'ouvrage que Denis Boissier avait publié en 2004, intitulé L'affaire Molière. La grande supercherie littéraire ne m'avait guère convaincue, avons-le. Peut-être le ton, nettement racoleur, du genre : "Cette biographie de Molière (...) est faite pour ceux qui veulent quitter définitivement les bancs de l'école." Passons. Les approximations et le rejet un peu léger de la dite critique universitaire ne mettait guère en confiance. Certes, tout cela s'entend quand il s'agit de faire tomber de son piédestal l'un des plus illustres représentants de notre patrimoine littéraire. Mais pour être vraiment convaincu, on attend davantage des analyses reposant sur des documents précisément référencés. Or, le même Denis Boissier, cette fois-ci, m'étonne, et me laisse dans le doute. Douter, c'est déjà s'interroger et prendre le pas de nouvelles pistes d'investigations. Je découvre le site internet Corneille-Molière.org qu'il anime en tant que membre très actif de l'équipe rédactionnelle de l'Association cornélienne de France. Et j'y vois, entre autres articles généreusement mis en ligne, un document intitulé "Boileau, d'Aubignac et la Fontaine dévoilent la collaboration Corneille-Molière". Des témoignages ? des déclarations d'époque accréditant la thèse de la paternité de Corneille ? Ma stupéfaction s'explique par un mystère qui me taraude depuis le moment où j'ai commencé à m'intéresser à cette affaire : pourquoi Madame de Sévigné, qui savait tout, qui disait tout des moeurs de la cour, pourquoi aurait-elle tu la collaboration entre les deux dramaturges ? La question demeure. En revanche, Denis Boissier apporte, grâce à ses investigations obstinées, le témoignage d'autres contemporains des deux illustres écrivains tout en expliquant, dans une certaine mesure, le silence ou les sous-entendus de l'époque sur "l'affaire". Les arguments avancés ont gagné en précision et témoignent d'un authentique travail d'investigation, patient et attentif non seulement aux textes d'époque mais à leur contexte précisément éclairé par les études les plus fiables des spécialistes du 17e siècle.
Ce que la plupart des écrits d'époque tendent à laisser penser -et Denis Boissier, par des recoupements judicieux, est convaincant-, c'est que "l'Auteur le plus approuvé de ce siècle", selon les termes de l'éditeur Quinet, ce n'est pas Molière, ailleurs surnommé "le premier farceur de France", mais Corneille. La Fontaine aussi utilise une formule ambiguë pour évoquer Corneille derrière le masque de Molière, sous le nom de Térence... Quand on sait que Térence lui-même était soupçonné de n'écrire ses pièces que soutenu par la plume de Scipion Emilien et de Laelius. Le Scipion de Molière serait ainsi Corneille ! Vous trouverez d'autres analyses de ce type procédant par recoupements et élucidations de sens...
Si l'on imagine de quelle situation privilégiée auprès du Roi, de quel statut exceptionnel, jouissait Molière, tel le Bouffon du Roi intouchable et consacré, on peut alors mieux s'expliquer le silence de ses contemporains osant à peine l'ironie ou le sous-entendu.
Le conséquent travail de recherche auquel se livre Denis Boissier trouve sa concrétisation dans une thèse de 1000 pages, fraîchement terminée. Une version abrégée en 250 pages est disponible en PDF sur le site Corneille-Molière.org sous le titre Tout savoir sur l'affaire Corneille-Molière pour la modique somme de 21 €. Les passionnés n'hésiteront pas une seconde à se replonger dans les mystères infinis de la création littéraire, autour des grandes pièces du dit Molière... pardon ! du dit Corneille.. enfin...
21 avril 2009 : l'ALMIRAPHEL, réécriture créative
Les interrogations sur les phénomènes de réécrituree serviles ou créatives sont quelquefois biaisées par la mauvaise foi : la confusion volontaire entre démarquage et r-écriture personnelle ont pu donner lieu à des apologies du plagiat sur lesquelles je ne préfère pas revenir aujourd'd'hui. Aujourd'hui, je préfère rendre hommage -et faire connaître ?- à un véritable ouvrage de création littéraire, sorte de centon ou de collage -on pourrait consacrer un article à la distinction entre ces deux genres célèbres- composé uniquement de citations, mais dont le choix et la disposition relèvent d'une authentique reflexion sur les mystères de la communivation, sur les vertus du langage, et ses limites. Il s'agit de l'ALMIRAPHEL de Gianfranco della Schiavetta et Zélia Zagghi, publié ou non sous ses différentes formes entre 1920 et 2005. Le déploiement à l'infini d'hypertextes aboutit à une oeuvre forte, cohérente et troublante... Les premières versions de l'oeuvre sont une anthologie surprenante de citations asémantiques et l'on découvre, ahuri, que les écrivains, des plus obscurs aux plus célèbres, ont nourri leurs textes de langues totalement inventées, incompréhensibles -pourquoi ? si ce n'est pour mimer de manière explicite notre quête perpétuelle de l'original, du dire vrai ? Un site www.raphel.net est enfin dédié à cette oeuvre mouvante qui offre à la fois le texte, l'hypertexte et le paratexte de notes de bas de page grâce auxquelles le lecteur a la possibilité de se faire créateur, en proposant sa propre traduction de ce texte babélique. L'ALMIRAPHEL exige sans doute quelques éclaircissements préliminaires. Un article de la revue Formules n° 10 (pages 213 à 259), écrit par Bernardo et Angelo Schiavetta, vous explique les tenants et les aboutissants. Et on se rend compte que si ces aventures textuelles donnent le vertige, c'est qu'elles émanent d'esprits vertigineux...
27 avril 2009
Au fil de mes lectures, une découverte : Guy Davenport et l'art du collage
29 avril 2009 : le plagiaire comme personnage de roman...
A partir d'aujourd'hui, vous pouvez lire un chapitre entier de mon essai Du Plagiat (PUF, 1999). Il s'agit du chapitre 4 "Le plagiaire, un personnage de roman". J'ai progressivment réuni un corpus d'oeuvres de fiction qui prennent comme thème le plagiat. La collection ne cesse de s'enrichir mais dans ce chapitre j'explique pourquoi le plagiaire est un personnage qui inspire les romanciers et les auteurs de fictions en général. A travers ces êtres fictifs, l'auteur exprime sa propre hantise du plagiat. Cette part de lui-même, non avouée, apparaît ainsi de manière biaisée, dans des oeuvres un peu marginales, tant le sujet semble terriblement tabou... Le meilleur exemple est sans soute le superbe roman de Henri Troyat, Le mort saisit le vif (Plon, 1942) qui précède de plusieurs décennies la condamnation du même auteur pour contrefaçon !
27 mai 2009 : nouvelle alerte au plagiat à l'université !
Dans sa dernière lettre électronique du 22 mai, Michelle Bergadaa nous fait part d'un cas de contrefaçon entre universitaires, ahurissant. Je cite : " Une collègue voyant son travail plagié dans le livre d'un de ses anciens étudiants choisit de porter l'affaire en justice. L'auteur du livre et l'éditeur sont condamnés in solidum. Mais, ils contre-attaquent au prétexte qu'il n'y a pas de contrefaçon (et non « plagiat »), car l'auteur d'origine « ne peut être titulaire des droits d'auteur sur une contribution effectuée dans le cadre de la mission de service public ». L'histoire finit bien et notre collègue gagne encore : le jugement est confirmé, l'appel étant jugé irrecevable." Le plagiat est confondant quand on lit le jugement contenant des extraits comparatifs. Ce qu'on peut principalement retenir de cet arrêt de la cour d'appel de Paris du 11 mai 2007, c'est que "si l'idée scientifique ne peut faire l'objet d'une protection par le droit d'auteur, il en va différemment des hypothèses, des explications et des analyses scientifiques originales, qui, portant l'empreinte de la personnalité de leurs auteurs sont susceptibles d'appropriation par un droit de propriété intellectuelle." Voilà tout de même de quoi rassurer les chercheurs sur la reconnaissance de l'originalité et, par conséquent, du caractère protégeable de leur travail...
8 juillet 2009 : quand l'Internet plagie le papier
La communauté universitaire s'alarme surtout aujourd'hui des plagiats commis à partir d'Internet pour constituer des mémoires et des dossiers de séminaire, voire des thèses. Le procédé inquiète à juste titre puisqu'il fausse les réelles conditions d'élaboration des travaux universitaires ainsi que leur évaluation. Mais le procédé inverse existe aussi : des sites internet, supposés sérieux et émanant même quelquefois de la communauté universitaire, mettent en ligne, sans aucune autorisation de l'auteur ni signalement explicite, des textes imprimés chez des éditeurs traditionnels. Geneviève Koubi, ainsi que son coauteur G. Guglielmi, en a fait le triste constat pour son ouvrage Droit du service public, publié chez Montchrestien. Elle nous raconte dans son site Internet droit criTIC sa mésaventure et comment elle compte lutter contre ce procédé à la fois nuisible et facile. La reflexion qu'elle mène dans son article sur ce qu'elle nomme "l'inversion plagiaire" contribue à nous informer sur des pratiques dont nous risquons tous finalement d'être victimes. Les dénoncer, les faire connaître au grand public, c'est aussi une manière de dissuasion.
21 juillet 2009 : "buzz" autour du dernier Anderson
Le journaliste américain Chris Anderson prône généreusement la gratuité comme modèle économique dans un essai intitulé Free : Entrez dans le monde du gratuit , à paraître en août 2009 (Village mondial). Sa démonstration tient, malgré tous les enjeux liés aux intérêts respectifs des créateurs, diffuseurs et consommateurs. On était donc presque convaincu par cet idéal de partage lorsqu'éclate une polémique très gênante...
Voici un condensé de l'affaire livré par Marie-Claude Ducas dans son blogue :
"Ce qui a d'abord généré du "buzz" autour de Free, c'est le fait que Anderson a repris, à divers endroits, de larges extraits de Wikipedia, sans en citer le crédit. Ouch… C'est le Virginia Quarterly Review qui a attaché le grelot. Les articles qui ont suivi dans les blogues et les médias sont trop nombreux pour être tous cités. Signalons que les articles de The blog herald et de Fast Company font partie de ceux qui valent le détour. En français, sur le blog de Pierre Assouline dans Le Monde , et sur Silicon.fr, on ne s'est pas ennuyé non plus… Évidemment, on ne s'est pas privé d'ironiser sur le fait que Anderson a peut-être appliqué un peu trop bien son propre raisonnement. Anderson, c'est tout à son honneur, a répondu et fourni des explications, qui ont trait, en gros, aux politiques d'attribution et de notes en bas de page, qui avaient fait l'objet de discussions complexes avec son éditeur, et de changements de dernière minute. Explications que plusieurs, ceci dit, ont jugées un peu faibles…"
Tellement faibles que Anderson, rédacteur en chef du Wired Magazine, n'a pas tardé pour faire ses excuses sur Internet !
Si l'affaire vous intrigue, Marie-Claude Ducas fait dans son blogue de multiples liens vers d'autres sites qui se sont emparés de ce petit scandale éditorial... Car, si les articles de Wikipedia s'offrent gratuitement aux internautes, n'oublions pas qu'ils sont aussi bien protégés par le droit d'auteur que n'importe quel texte imprimé ou en ligne ! Qui dit gratuité, ne dit pas forcément liberté de reproduire, sans demande d'autorisation, sans guillemets, sans référence aux auteurs. Cette affaire aura eu au moins le mérite de rappeler quelques règles élémentaires.
9 septembre 2009 : les arts graphiques aussi...
Notre site est essentiellement consacré aux affaires de plagiat en littérature, mais le cas douteux qui m'est soumis aujourd'hui, dans le domaine des arts graphiques, est suffisamment troublant pour que je vous le présente. C'est sur le blog Some Cool Stuff que vous pourrez avoir tout le détail de l'affaire, explications et illustrations comprises. L'artiste lillois Rolito semblerait avoir participé, de manière bien involontaire, à la réalisation de l'affiche de Scopitone, festival d'arts graphiques ouvrant ses portes à Nantes le 16 septembre. Regardez, comparez : Some Cool Stuff, sans hargne ni provocation, laisse simplement résonner l'écho de sa déception : qu'un festival d'arts graphiques n'ait pas manifesté plus d'originalité dans la création de sa propre affiche. Mais dans Scopitone, c'est fatal, il y a "copi"...
19 septembre 2009 : quand les chercheurs réclament leur dû...
Alain Vircondelet a consacré en 1984 sa thèse à Séraphine Louis, l'artiste peintre de Senlis qui a fait le grand succès du film de Martin Provost, Séraphine, couronné du César du meilleur film en 2009. Le chercheur a aussi publié la biographie de Séraphine de Senlis chez Albin Michel en 1986. L'auteur et l'éditeur assignent donc le producteur et le scénariste devant le TGI de Paris pour contrefaçon. 600 000 € de dommages-intérêts sont en jeu...
Toute la difficulté, pour convaincre les juges, sera de montrer que les éléments de la biographie, communs à ceux du film, sont originaux et ne relèvent pas du factuel ou de travaux antérieurs... Il faudra démontrer qu'une interprétation et une vision propres au chercheur, relatives à la vie de Séraphine et à son art, ont été abusivement reprises par le scénariste.
La question s'est souvent posée pour des biographies, celle de Henri Troyat sur Juliette Drouet par exemple, qui lui avait valu une condamnation pour contrefaçon. Voir sur ces questions d'emprunts à des ouvrages de documentation le chapitre 2 de mon essai Du plagiat, page 39 et suivantes sur "un domaine sensible : le travail de documentation".
5 octobre 2009 : l'enquête avance sur l'affaire "Séraphine-Vircondelet"
Emmanuel Lemieux, sur son site internet ideeajour, le quotidien de la vie intellectuelle, apporte de nouveaux éléments d'enquête sur l'accusation pour contrefaçon que porte Alain Vircondelet, biographe de la peintre Séraphine de Senlis, à l'encontre du producteur et du scénariste du film consacré à l'artiste. Le plaignant s'explique, argumente et on découvre que c'est toute une pratique de réutilisation plus ou moins scrupuleuse des travaux de chercheurs qui resurgit avec cette affaire. De quoi nourrir l'interminable chapitre "Les chercheurs de l'ombre" de mon dernier essai Plagiats, les coulisses de l'écriture (Ed. de la Différence, 2007).
9 octobre 2009 : rebondissement dans l'affaire Edelman/Maurel-Indart
L'arrêt de la cour d'appel du 16 septembre 2009 donne des inquiétudes pour la liberté d'expression des enseignants-chercheurs et pour l'indépendance de la recherche : la juridiction judiciaire se déclare compétente pour juger des publications d'un enseignant-chercheur, au détriment de la juridiction administrative, lorsque les travaux de recherche sont publiés chez un éditeur privé. Explications à lire et à commenter... Faudra-t-il avoir peur de publier ailleurs que dans des presses universitaires publiques ? ou prendre l'habitude de souscrire à une assurance privée...
Le procès Zola : la première audience Dessin de Louis Sabattier L'Illustration n° 2868, 12 février 1898
9 novembre 2009 : Shakespeare or not Shakespeare ?
A propos de logiciel de détection de plagiat, voici une nouvelle performance de "Plagiarism", d'après le journal en ligne 20minutes.fr. Je cite : " Le professeur de littérature Sir Brian Vickers, qui officie à l'Université de Londres, a expliqué au Times que le logiciel (nommé Pl@giarism) a été utilisé pour confronter les écrits authentifiés de Shakespeare avec le texte du Règne d'Edouard III. Près de 200 chaînes de trois ou quatre mots ressemblant aux précédents textes du dramaturge. «Avec cette méthode, on démasque la manière dont les auteurs utilisent et réutilisent les mêmes phrases et métaphores, comme les morceaux d'un patchwork», décrypte le professeur. Selon Brian Vickers, environ 60% du Règne d'Edouard III auraient probablement été écrits par Thomas Kyd; les 40% restants par Shakespeare. "
Statistiquement, le repérage de "200 chaînes de trois ou quatre mots" identiques est troublant. Mais on aimerait aller plus loin dans l'analyse textuelle informatisée avec une approche plus qualitative. Peut-être aurons-nous de nouvelles pistes d'investigation lors de nos journées d'étude organisées les 10 et 11 décembre prochains à l'Université de Tours sur "Le style et sa modélisation". Ouvert à tous !
14 janvier 2010 : Rapport de police de Marie Darrieussecq
Aucun doute : vous n'avez pas pu passer à côté de l'information, puisque la presse en fait un large écho : Marie Darrieussecq vient de publier chez POL un essai sur le plagiat. Si les plagiats sont ressentis comme une terrible violence par les victimes, des accusations hâtives de plagiat peuvent aussi meurtrir. L'auteur de Tom est mort (POL, 2007) fait le point sur cette expérience douloureuse, d'autant que la notion de "plagiat psychique", expression originale de Camille Laurens, n'a guère de sens sur le plan juridique ou littéraire, si ce n'est qu'elle manifeste une authentique souffrance chez cette mère endeuillée, auteur de Philippe (POL, 1995). Mais le thème littéraire de la mort de l'enfant ne peut faire l'objet d'une appropriation personnelle, quand bien même l'expérience de ce drame s'ancre irrémédiablement au plus profond de soi.
A méditer et à discuter lors du débat que j'animerai avec Marie Darrieussecq à Rennes le 24 février 2010...
20 janvier 2010 : des espoirs pour un logiciel d'identification textuelle
En juillet dernier, nous vous avions présenté l'amorce d'un programme de recherche CNRS (PEPS) sur le style et sa modélisation, mené à l'université de Tours, dans la perspective de développer un logiciel d'identifiaction textuelle pour les questions de plagiat et d'attribution d'auteur. Ce projet n'a pas manqué de susciter la curiosité et l'intérêt, en dehors même de la communauté universitaire. Laurent Lemire dans son site Internet Agitateur-Idées m'a donné la possibilité, dans un entretien, de mieux expliquer les enjeux d'un tel défi. N'hésitez à prendre connaissance de l'exhaustivité de l'entretien et à aller visiter les autres pages d'actualité de ce site qui rafraîchit les neurones ...
Mardi 2 février 2010 : "Vous aurez le dernier mot !"
Il est encore temps de regarder, sur le site de l'émission de Franz-Olivier Giesbert "Vous aurez le dernier mot", le débat sur le plagiat auquel j'ai participé en direct, vendredi dernier ! le débat débute à la 49e minute de l'émission et il dure 40 minutes... Ambiance animée !
Jeudi 11 février 2010 : Alexandre Dumas le conquérant
L'actualité cinématographique nous gâte avec le nouveau film de Safy Nebbou, L'autre Dumas. Pour ceux qui l'aurait oublié, le grand Dumas, qui disait "L'homme de génie ne vole pas, il conquiert", a construit son immense empire littéraire grâce à une véritable fabrique - "usine" serait péjoratif...- de romans, où les meilleurs écrivains de son temps ont contribué à la construction d'une oeuvre collective. Car si Dumas n'était pas seul à tenir la plume, Auguste Maquet, son collaborateur le plus fidèle, n'était pas non plus le seul de toute cette armée de plumiers, dont certains ont laissé des chefs d'oeuvre signés de leur propre nom : Théophile Gautier, Gérard de Nerval... et Dumas fils ! La poésie ne nourrit pas toujours son homme et, bien heureusement, l'imagination dumasienne était si féconde que sa seule plume ne suffisait pas à en exprimer tous les éclats. Quelques poètes maudits ne méprisèrent pas cette manne.
Dumas, qui ne regardait pas trop aux moyens de sa réussite et aux exigences de son génie, eut à affronter plusieurs procès pour plagiat, car la délégation d'écriture à des "nègres" pouvait lui paraître lente et contraignante. Il eut donc aussi recours à des collaborations involontaires... Pourtant, dans tous les procès qu'on lui fit, pour plagiat ou privation de droits d'auteur, Dumas gagna comme une sorte de monument inattaquable. Il faut à l'histoire littéraire ses héros. Elle a su tout de suite qu'elle en tenait un avec ce personnage tonitruant dont on disait pour rire : "Il n'a pas le temps de lire les livres qu'il écrit".
Filons vite voir le film de Safy Nabbou et lire le livre de Bernard Fillaire, Alexandre Dumas et associés (Bartillat, 2002) : le temps presse !
22 février 2010 : les ghost writers selon la loi
Mais où était donc passée la chronique juridique de Livres hebdo, vraie niche d'informations sur l'actualité du livre, le plus souvent signée par Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de la proprieté intellectuelle et passionné du livre sous toutes ses coutures ? La chronique s'est transformée en blog, sous une forme plus souple et personnelle mais toujours aussi instructive.
Ainsi, la question du "nègre", du collaborateur, de l'écrivain fantôme, que dire encore ? du co auteur dans le meilleur des cas, puisqu'il est reconnu comme tel, de façon parfaitement transparente et légale, cette question épineuse reçoit l'éclairage du juriste dans son nouveau blog : " La jurisprudence a, depuis cent cinquante ans, fortement évolué en faveur des Ghost Writers. Elle n'admet plus de nos jours la validité des clauses par lesquelles ils renoncent à voir leur nom figurer sur le livre. Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, le droit au respect du nom, c'est-à-dire cet attribut moral de tout auteur qui lui permet de faire apposer son nom et sa qualité sur chaque reproduction de son œuvre, est en effet incessible. Le rewriter en mal de reconnaissance pourra donc remettre en cause tous les arrangements, et revendiquer la mention de son nom en tant qu'auteur ou coauteur ainsi que le versement d'une rémunération appropriée au succès du livre."
Pas question de citer plus longuement Emmanuel Pierrat : je crois avoir atteint la limite autorisée pour la citation, qui, faut-il le rappeler, n'est autorisée par le Code de la propriété intellectuelle qu'à titre d'illustration, d'hommage aussi... Mais au-delà d'une certaine étendue, elle risque d'être considérée comme une contrefaçon, dès lors qu'elle tend à se substituer à l'oeuvre originale, à laquelle le lecteur ne jugerait même plus utile de se référer directement. Au contraire, notre propos est bien aujourd'hui de vous inciter, grâce à cette citation courte, ou d'une longueur raisonnable, à lire, directement sur le site de Livres Hebdo, l'exhaustivité de la chronique de Pierrat !
J'ajouterai un exemple de ces conflits qui ont pu opposer auteurs et écrivains fantômes, comme au temps de Dumas et Maquet, celui d'Anne Bragance qui avait réussi à faire reconnaître par le tribunal sa qualité de co auteur du roman de Michel de Grèce, La Nuit du sérail, au nom du droit moral, et en particulier du droit de paternité, inaliénable et imprescriptible. En revanche, le juge lui avait refusé le versement de droits d'auteur qui, eux, relèvent du droit patrimonial, cessible, contrairement au droit moral. La morale est sauve, au moins...
3 mars 2010 : un journaliste très courageux...
Ce doit être le premier article publié et consacré au procès pour diffamation que m'a intenté Bernard Edelman en novembre 2007 pour avoir osé analyser son ouvrage Le sacre de l'auteur dans mon essai Plagiats, les coulisses de l'écriture. La revue Sciences Humaines de ce mois de mars fait le point sur l'affaire et s'inquiète, comme nous-même, des risques qu'encourt la liberté d'expression des enseignants-chercheurs, gage de l'indépendance de la recherche. Puisque chaque mot que j'écris semble désormais soumis au regard inquisiteur, je préfère laisser parler Emmanuel Lemieux dans son article intitulé "Procès autour d'un plagiat"... Je passe le relais à d'autres esprits critiques mais je touche du bois pour qu'ils échappent à un procès... pour diffamation. Esprit, es-tu là ?
22 mars 2010 : "Les règles du savoir-plagier"
Le Magazine littéraire de ce mois de mars consacré à Dostoïevski suit l'actualité du plagiat. Vous pouvez lire en effet un article de quatre pages que j'ai écrit sur le thème de la création littéraire, sur les phénomènes d'influence, de réécriture, servile, ou créative... ! Le mois dernier, Dumas était à l'honneur de ce même magazine, il est encore temps de lire le dossier consacré à l'un de nos plus célèbres plagiaires qui, sûr de son génie, affirmait : "L'homme de génie ne vole pas, il conquiert..."
23 mars 2010 : le plagiat, une "question d'éthique"
Le débat que j'ai eu hier sur le plagiat, avec Monique Canto-Sperber et Marie Darrieussecq, est accessible en podcast sur le site de France Culture. L'émission "Questions d'éthique" a permis de faire le point sur "le plagiat, raisons et déraisons".
Comment expliquer la multiplication des affaires de plagiat ? Il faut évoquer les raisons économiques et technologiques, certes, mais aussi le désir d'écrire et d'être reconnu à tout prix dans le champ littéraire. Les grands écrivains sont à ce point en quête d'une écriture originale, propre à exprimer leur univers personnel et leur vision du monde que le plagiat leur apparaît comme l'ennemi à vaincre, tant les modèles admirés sont souvent à la source d'une inspiration qui doit relever le défi d'un dépassement des influences et des imitations inévitables.
C'est donc sur une sorte de fil rouge que s'aventure à chaque fois le créateur, à la fois nourri des lectures qui lui ont quelquefois révélé son authentique vocation d'écrivain et, en même temps, avide de dire, de se dire dans des mots qui sont sa chair même, le reflet de sa vie et de ses plus intimes pensées. Entre plagiat et originalité, le processus de création littéraire est périlleux, improbable, et il renvoie immanquablement l'auteur à une quête de soi, qui n'appartient qu'à lui, traduit dans un langage, qui appartient à tous...
7 avril 2010 : défendre la liberté d'expression des enseignants-chercheurs
Travaillant comme chercheur sur un sujet sensible comme le plagiat et l'originalité, je me rends compte à quel point une accusation pour diffamation peut être utilisée comme arme de censure et comme entrave à la recherche. Heureusement, la liberté d'expression des enseignants-chercheurs est inscrite dans leur statut. Emmanuel Lemieux, dans le Nouvel Economiste de cette semaine montre à travers plusieurs affaires que dans le domaine des libertés, le combat est toujours d'actualité.
Rappelons donc que si un enseignant-chercheur titulaire dans une université française est attaqué pour une de ses publications liées à son champ de recherche, un tribunal judiciaire ne devrait pas être compétent, mais un tribunal administratif, qui sera apte à juger de la diffamation en prenant en compte : - l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 qui dispose que « le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique » - et l'article 57 de la même loi selon lequel « Les enseignants-chercheurs, les enseignants et Ies chercheurs jouissent d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions de la présenté loi, les principes de tolérance et d'objectivité ». Citons aussi le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 83 - 165 DC du 20 janvier 1984 concernant cette loi. Selon la décision du Conseil constitutionnel, le statut des enseignants-chercheurs « ne saurait limiter le droit à la libre communication des pensées et des opinions garanti par l'article Il de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen que dans la seule mesure des exigences du service public en cause » et que « par leur nature même, les fonctions d'enseignement et de recherche non seulement permettent mais demandent, dans l'intérêt même du service, que la libre expression et l'indépendance des personnels soient garanties par les dispositions qui leur sont applicables ». Il y va de l'indépendance de la recherche et de la survie d'une critique encore possible .15 avril 2010 : encore un (gros) effort pour limiter le plagiat universitaire
Le sujet devient vraiment de plus en plus préoccupant, côté étudiants et enseignants, tant les arnaques se multiplient avec des mémoires achetés et des thèses plagiées. Et c'est toujours, du moins en France, un sujet tabou. Autrement dit, l'omerta. Peur de mettre en cause un directeur de recherche qui n'aurait pas été suffisamment exigeant à l'égard de son thésard, ou qui ne l'aurait pas suivi d'assez près pour lui inculquer les bonnes manières en matière de recherche. Peur pour la réputation de l'université, alors qu'au contraire, la valeur des diplômes peut aussi s'apprécier selon la rigueur avec laquelle on les attribue.
J'ai déjà bien milité, dans mon essai Plagiats, les coulisses de l'écriture (Paris, La Différence, 2007), avec un chapitre entièrement consacré au plagiat à l'université ; j'ai même écopé d'un procès pour diffamation et c'est avec un certain soulagement que je vois des collègues prendre le relais pour réhabiliter une déontologie au sein de nos universités. En Suisse, Michelle Bergadaa, oeuvre depuis longtemps, grâce à son site internet, pour dénoncer une certaine complaisance concernant le plagiat universitaire. Elle a publié récemment un rapport sur «La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants». Cette étude révélatrice est le résultat des analyses de la Commission Ethique-Plagiat mandatée par le Rectorat de l'Université de Genève. Elle est donc soutenue par les institutions dans cette lutte pour une meilleure crédibilité des diplômes universitaires.
Et voilà qu'en France aussi, un téméraire collègue de l'Université Paris 8 a créé un blog "Archéologie du copier-coller" suite à des abus qui l'ont convaincu que le combat n'aurait aucune chance d'aboutir sans qu'une information à grande échelle soit réalisée, au-delà même des murs de son établissement.Jean-Noël Darde, Maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication, a donc pris son bâton de pélerin et vient de mettre en ligne pendant ces derniers mois plusieurs articles troublants qui montrent le grand malaise touchant ce sujet encore tabou.
Dans son article de janvier 2010, Jean-Noël Darde insiste sur le fait que si des logiciels de détection de similitudes sont utiles et peuvent dissuader certains étudiants de plagier, il ne s'agit pas pour autant de logiciels anti plagiat et il en fait la démonstration par l'exemple. Ainsi, il faut toujours vérifier toutes les sources indiquées par le logiciel pour, entre autres ,neutraliser des citations tout à fait justifiées, mais que l'outil informatique ne prend pas en compte car il ignore les guillemets ! Inversement, il suffit de faire un copier-coller légèrement retouché pour échapper à la détection informatique, car l'outil ne semble repérer que des segments de 10 mots au moins à la suite...
En revanche, on sera surpris des possibilités qu'offre Google pour faciliter un premier repérage, même dans des cas de plagiat avec transformation du texte sous forme de paraphrases, ou à partir de traduction automatique... Quelques astuces vous sont données dans l'article de décembre 2009 "Le briquet de Darwin".
Surtout, vous serez assez consternés de lire quelques histoires vraies de plagiat où, contre tout bon sens, s'affirme la réticence de certains universitaires à annuler des diplômes concernant des mémoires contrefaits.
Ce qui ressort de toutes ces réflexions, c'est qu'il ne faut pas compter, pour le moment, sur une solution unique, celle des logiciels existants, pour faire la chasse au plagiat, tant les moyens de contournement sont aisés. L'avenir est tout autant du côté de l'information et de la formation à la méthodologie de la recherche...
24 mai 2010 : un sujet de moins en moins tabou...
Un article de Caroline Venaille dans le Monde.fr intitulé "Plagiat : la copie pointée à l'université" confirme que la question du plagiat universitaire va peut-être cesser d'être un tabou et que désormais il deviendra moins risqué de mettre en lumière des exemples précis de travaux universitaires usurpés ou d'essais prétendument scientifiques. Dans ce domaine, les susceptibilités sont à vif et le procès pour diffamation n'est jamais loin...
Carole Venaille a réussi à réunir les témoignages de plusieurs universitaires, qui se sont courageusement aventurés sur ce terrain de bataille semé d'embûches. Que la presse s'empare du sujet est le signe que les mentalités évoluent. On ne peut qu'apprécier cette prise de conscience car un tel phénomène nuit à la crédibilité de nos diplômes universitaires et à l'efficacité même de nos institutions.
Au delà de la question du respect du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle se pose aussi la question de la qualité de la recherche, impérativement liée à une déontologie qui doit privilégier la dynamique collective, l'hommage aux pairs et aux prédécesseurs plutôt que la logique individualiste.
2 juin 2010 : gare aux plagiaires sur Internet !
La lutte s'organise avec la création d'un site http://www.touche-pas-mon-contenu.org/ dont le but est d'établir une liste noire des sites plagiaires qui, par la même occasion, se verront discrédités et privés de leurs partenariats avec d'autres sites. Le service est gratuit et le processus rigoureusement décrit. Au final, il s'agirait de constituer une communauté de bons webmasters de plus en plus élargie, au point de rendre la vie impossible aux pilleurs. Laissons parler les concepteurs du projet :En effet, la logique de la démarche TPMC est de dire aux webmasters : "C'est l'union de tous les webmasters qui donnera sa force à TPMC et donc les moyens de peser sur les plagieurs". Et donc le logo TPMC doit être présent sur les sites. Sur le fond, il est en plus judicieux de montrer cette présence de façon maximale à titre dissuasif, adressant un message aux plagieurs potentiels.
L'avenir nous dira si la dynamique collective est assez forte pour imposer une déontologie sur Internet !
8 juin 2010 : un amateur de plantes révolté
Puisque les internautes sont de plus en plus nombreux à consulter ce site, je leur dois de livrer quelques uns de leurs témoignages, résultats de découvertes quelquefois consternantes sur le net. Voici une trouvaille qui nous laisse perplexes :
"J'ai acheté dans les années 70 un ouvrage en deux volumes intitulé "le livre des bonnes herbes", de Pierre Lieutaghi, éditions Marabout, 1978. En faisant des recherches sur le net, je suis tombé sur ça:
http://www.poivrecayenne.com/plantes_medicinales/index.html
Les articles sont rigoureusement les mêmes, mot pour mot , que dans l'ouvrage de Lieutaghi."
24 juin 2010 : "plagiaire, prends garde, plagiaire, prends garde..."
Voici encore un témoignage fort d'un internaute, Philippe COUDRAUD, qui a obtenu gain de cause auprès des tribunaux pour la contrefaçon de sa thèse. Entendons sa propre parole :
"Par décision du Tribunal de Grande Instance de Paris (3ème chambre), en date du 9 mars 2010, Monsieur X, s'étant rendu coupable du délit de contrefaçon en soumettant en novembre 2007, avant soutenance, à un jury de l'Université catholique de Liège, et ce afin d'obtenir le titre de docteur d'Université, sous l'intitulé "Le dénudement de la peinture : La recherche de la liberté dans l'œuvre de Marcel Duchamp", la reproduction servile de la thèse en histoire de l'art que j'avais moi-même soutenue avec succès à Paris X-Nanterre, le 17 novembre 2005, a été condamné à réparer le préjudice. Le Tribunal a par ailleurs ordonné la publication dans la presse d'une partie du dispositif du jugement. La décision est aujourd'hui définitive.
Ma thèse, non encore publiée, a pour intitulé "Les Ménines en vitesse. La critique du "temps social" dans l'œuvre de Marcel Duchamp" (Directeur de thèse M. le professeur Claude FRONTISI)."
Comme le précise très justement Philippe Coudraud dans l'information qu'il m'a adressée, cette affaire concerne le monde universitaire pour deux raisons essentielles :
"1- Il n'est pas vain, en France, d'intenter un procès pour plagiat ; le
fautif peut être sévèrement puni. L'affaire a été prise très au sérieux par
les juges.
2 -A l'heure de l'Europe, comme on peut le constater dans cette affaire, la
solidarité entre universitaires existe. L'Université de Liège a parfaitement
réagi et a été tout à fait coopérative."
Espérons que ce jugement ait valeur dissuasive pour les plagiaires potentiels !
6 juillet 2010 : je me sens de moins en moins seule...
Ces questions de déontologie liées au plagiat mettent en cause des comportements tantôt frauduleux, tantôt tendancieux, qui atteignent aussi bien le milieu universitaire que le milieu éditorial, sans qu'il soit toujours possible, sauf à se retrouver devant un tribunal, de faire part publiquement du résultat de ses investigations et enquêtes, même en toute prudence et mesure .
Pourtant, la chape de plomb tend à révéler des failles, comme le montrent nos actualités précédentes. Aujourd'hui, c'est à nouveau un universitaire qui monte au créneau, Sylvain Piron, maître de conférences à l'EHESS. Il se fend d'un article éclairé sur "La question du plagiat", sur le site consacré à l'évaluation de la recherche en SHS (Sciences Humaines et sociales). Il rappelle ainsi que plusieurs affaires ont donné lieu à des décisions ou jugements récents, favorables aux plagiés. Qu'il s'agisse du CNU, de l'université de Liège, du Conseil d'Etat ou du TGI de Paris, des instances universitaires et judiciaires ont décidé de sanctionner les plagiaires.
Une force de dissuasion semble désormais se constituer collectivement, afin que s'affirme une certaine éthique dans les domaines de la recherche et de la création littéraire, au moment même où notre société tend à basculer vers des comportements consuméristes peu propices à la maturation intellectuelle et à un partage du savoir dans la transparence et la reconnaissance du travail de chacun.