Un thème de roman

" Le thème du plagiat offre de multiples ressources à l’imagination de l’écrivain : de la ruse innocente au scandale, de l’énigme au règlement de compte, du canular à la crise d’identité, le thème du double volé comporte un bon nombre des ingrédients chers aux romanciers. Quelques récits, tissés dans le fil thématique du plagiat, ont retenu notre attention. (…) Plus qu’un motif littéraire, le plagiat est une opportunité idéale pour le romancier d’exprimer ses angoisses, ses hantises et ses hontes, de façon détournée. " (Hélène Maurel-Indart, Du Plagiat, P.U.F., 1999, p. 99) .

Voici la liste des récits où le thème du plagiat occupe une place centrale ou, du moins, significative :
BORGES, Jorge Luis, " Pierre Ménard, auteur du Quichotte ", in Fictions, Gallimard, 1983.
Jorge-Luis Borges met en scène un écrivain imaginaire, Nîmois du XIXème siècle, qui décide de réécrire le Quichotte de Cervantès. Ménard prétend aboutir à la même œuvre par une identification parfaite avec son auteur (même religion, même langue, même culture…).
BRUCKNER, Pascal, Les Voleurs de beauté, Grasset, 1997.
Benjamin Tholon arrive aux urgences de l’Hôtel Dieu, marqué par les symptômes du plagianisme, hanté par un fantôme étouffant. Hélène tente de lui rendre sa confiance ; mais au cours d’un voyage en Suisse où le couple est retenu prisonnier par un étrange personnage, Benjamin accepte un marché fatal : livrer Hélène à cette espèce de Barbe bleue pour avoir le droit d’inhaler la formidable jeunesse de la jeune femme. Ultime vol de la vie d’autrui…
CHESSEX, Jacques, L’Imitation, Grasset, 1997.
Jacques-Adolphe, admirateur éperdu de Benjamin Constant, n’est plus qu’un substitut du maître…
FIECHTER, Jean-Jacques, Tiré à part, Denoël, 1993.
Y aurait-t-il des amateurs de bandes dessinées, parmi les curieux du plagiat ? En voici une, vraiment réussie :

GOFFIN, Plagiat !, les Humanoïdes Associés, 1989.
Un crime dont l’arme est un roman : l’amitié entre Nicolas et Edward est renforcée par une même passion pour la littérature. Pourtant, dans le sillage de Nicolas qui vogue de succès en succès, Edward se sent dépossédé de son génie. Lorsque Nicolas obtient le prix Goncourt, celui qui fut son meilleur ami tient l’instrument de sa vengeance…
JEAN-PAUL, La Vie de Fibel, Union Générale d’éditions, 1967.
Le narrateur décide d’écrire la biographie de Fibel, auteur d’un abécédaire. Quand il découvre, sur des papiers servant désormais d’emballage, les morceaux d’une biographie déjà rédigée, il n’hésite pas à recoller les divers passages, sous son propre nom. Il apprend ainsi que son maître, le glorieux auteur de l’abécédaire, avait lui-même recouru au plagiat…
KING, Stephen, " Vue imprenable sur jardin secret ", in Minuit 2, J’ai lu, 1993.
Morton Rainey, auteur de romans à succès, se trouve un jour accusé de plagiat par un inconnu. Sous l’effet d’une telle accusation, il succombe à la folie et à la peur d’avoir, peut-être, un jour, cédé à cette tentation. D’ailleurs, le redoutable accusateur n’est-il pas une invention de son esprit malade, hanté par le souvenir de ce jeune étudiant qu’il a jadis copié ?
POUPART, Jean-Marie, Bon à tirer, Boréal, 1993.
Thomas Charbonneau, écrivain, s’est fait plagier son dernier roman par son nouveau directeur, Mauger. Le soir, quand il descend au parking avec le fusil de chasse qu’il vient de faire réparer, il arrive au moment où Mauger est tué d’un coup de feu par son ex-épouse. Comment empêchera-t-on de penser que le plagié n’est pas le vrai coupable ?
PRONZINI et MALZBERG, Le Dernier Plagiat, nouvelle anglaise publiée pour sa traduction française en 1992 à la Librairie des Champs-Elysées.
Un auteur méconnu décide de se venger, après s’être assuré que le dernier roman de Zuckermann est bien un plagiat de son propre recueil. Mais c’est finalement le plagié qui succombe sous les coups de son plagiaire, reprenant à son avantage le scénario d’un crime parfait. Voleur d’œuvre, voleur de vie…
TROYAT, Henri, Le Mort saisit le vif, Plon, 1942.
Jacques Sorbier s’est laissé convaincre par sa compagne de publier à son nom le roman du mari défunt. Malgré le succès de l’ouvrage, le plagiaire se sent peu à peu envahi par la présence de son plagié, jusqu’à perdre sa propre identité et sa raison même : en volant l’autre, je me perds…