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7 décembre 2010 : la sociologie en eaux troubles
Cette affaire, rapportée par Pierre Dubois dans son blog "Histoires d'universités" est celle d'un "copier-coller sans guillemets" qui jette le trouble parmi les sociologues. Il y a de quoi : un lecteur, qui souhaite prudemment garder l'anonymat, a relevé dans un ouvrage d'un professeur de sociologie de l'université de Rennes 2, consacré au sociologue Edgar Morin, d'étranges et multiples coïncidences avec un ouvrage... d'Edgar Morin. La fascination pour le maître semble être allée au-delà de la déontologie en matière d'édition universitaire. On pourra suivre l'évolution des événements dans ce blog qui reflète la vie universitaire dans toutes ses splendeurs. Si vous avez autant de patience que de curiosité, vous pourrez lire les réactions de l'intéressé, auteur du copier-coller, mais aussi de son directeur de collection, et de quelques collègues du sérail sociologique. A quand celle d'Edgar Morin, qui doit sourire d'un hommage bien servile ?
Quant à vous, qui avez, bien entendu, une haute idée du travail de recherche et des exigences éditoriales, vous pouvez utilement contribuer à une réflexion collective sur les bonnes conduites à adopter lorsqu'on écrit et publie un texte. Michelle Bergadaa pose cinq questions qui feront ensuite l'objet d'une analyse : la première porte sur la pratique du copier-coller, la deuxième sur le fait qu'Edgar Morin aurait autorisé l'auteur à le recopier sans citer, la troisième sur l'impact de telles pratiques sur les étudiants dudit professeur d'université, la quatrième sur la réaction de l'éditeur et sa responsabilité éventuelle, enfin, la dernière sur l'évaluation des carrières par la qualitié des publications. Ces questions sont lourdes d'enjeux et il sera intéressant de voir selon quels critères les étudiants, les enseignants-chercheurs et les lecteurs apprécient la qualité des ouvrages publiés et de leurs auteurs. Imaginez une réponse du genre : " je prends mon bien où je le trouve"...
14 janvier 2010 : Rapport de police de Marie Darrieussecq
Aucun doute : vous n'avez pas pu passer à côté de l'information, puisque la presse en fait un large écho : Marie Darrieussecq vient de publier chez POL un essai sur le plagiat. Si les plagiats sont ressentis comme une terrible violence par les victimes, des accusations hâtives de plagiat peuvent aussi meurtrir. L'auteur de Tom est mort (POL, 2007) fait le point sur cette expérience douloureuse, d'autant que la notion de "plagiat psychique", expression originale de Camille Laurens, n'a guère de sens sur le plan juridique ou littéraire, si ce n'est qu'elle manifeste une authentique souffrance chez cette mère endeuillée, auteur de Philippe (POL, 1995). Mais le thème littéraire de la mort de l'enfant ne peut faire l'objet d'une appropriation personnelle, quand bien même l'expérience de ce drame s'ancre irrémédiablement au plus profond de soi.
A méditer et à discuter lors du débat que j'animerai avec Marie Darrieussecq à Rennes le 24 février 2010...
20 janvier 2010 : des espoirs pour un logiciel d'identification textuelle
En juillet dernier, nous vous avions présenté l'amorce d'un programme de recherche CNRS (PEPS) sur le style et sa modélisation, mené à l'université de Tours, dans la perspective de développer un logiciel d'identifiaction textuelle pour les questions de plagiat et d'attribution d'auteur. Ce projet n'a pas manqué de susciter la curiosité et l'intérêt, en dehors même de la communauté universitaire. Laurent Lemire dans son site Internet Agitateur-Idées m'a donné la possibilité, dans un entretien, de mieux expliquer les enjeux d'un tel défi. N'hésitez à prendre connaissance de l'exhaustivité de l'entretien et à aller visiter les autres pages d'actualité de ce site qui rafraîchit les neurones ...
Mardi 2 février 2010 : "Vous aurez le dernier mot !"
Il est encore temps de regarder, sur le site de l'émission de Franz-Olivier Giesbert "Vous aurez le dernier mot", le débat sur le plagiat auquel j'ai participé en direct, vendredi dernier ! le débat débute à la 49e minute de l'émission et il dure 40 minutes... Ambiance animée !
Jeudi 11 février 2010 : Alexandre Dumas le conquérant
L'actualité cinématographique nous gâte avec le nouveau film de Safy Nebbou, L'autre Dumas. Pour ceux qui l'aurait oublié, le grand Dumas, qui disait "L'homme de génie ne vole pas, il conquiert", a construit son immense empire littéraire grâce à une véritable fabrique - "usine" serait péjoratif...- de romans, où les meilleurs écrivains de son temps ont contribué à la construction d'une oeuvre collective. Car si Dumas n'était pas seul à tenir la plume, Auguste Maquet, son collaborateur le plus fidèle, n'était pas non plus le seul de toute cette armée de plumiers, dont certains ont laissé des chefs d'oeuvre signés de leur propre nom : Théophile Gautier, Gérard de Nerval... et Dumas fils ! La poésie ne nourrit pas toujours son homme et, bien heureusement, l'imagination dumasienne était si féconde que sa seule plume ne suffisait pas à en exprimer tous les éclats. Quelques poètes maudits ne méprisèrent pas cette manne.
Dumas, qui ne regardait pas trop aux moyens de sa réussite et aux exigences de son génie, eut à affronter plusieurs procès pour plagiat, car la délégation d'écriture à des "nègres" pouvait lui paraître lente et contraignante. Il eut donc aussi recours à des collaborations involontaires... Pourtant, dans tous les procès qu'on lui fit, pour plagiat ou privation de droits d'auteur, Dumas gagna comme une sorte de monument inattaquable. Il faut à l'histoire littéraire ses héros. Elle a su tout de suite qu'elle en tenait un avec ce personnage tonitruant dont on disait pour rire : "Il n'a pas le temps de lire les livres qu'il écrit".
Filons vite voir le film de Safy Nabbou et lire le livre de Bernard Fillaire, Alexandre Dumas et associés (Bartillat, 2002) : le temps presse !
22 février 2010 : les ghost writers selon la loi
Mais où était donc passée la chronique juridique de Livres hebdo, vraie niche d'informations sur l'actualité du livre, le plus souvent signée par Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de la proprieté intellectuelle et passionné du livre sous toutes ses coutures ? La chronique s'est transformée en blog, sous une forme plus souple et personnelle mais toujours aussi instructive.
Ainsi, la question du "nègre", du collaborateur, de l'écrivain fantôme, que dire encore ? du co auteur dans le meilleur des cas, puisqu'il est reconnu comme tel, de façon parfaitement transparente et légale, cette question épineuse reçoit l'éclairage du juriste dans son nouveau blog : " La jurisprudence a, depuis cent cinquante ans, fortement évolué en faveur des Ghost Writers. Elle n'admet plus de nos jours la validité des clauses par lesquelles ils renoncent à voir leur nom figurer sur le livre. Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, le droit au respect du nom, c'est-à-dire cet attribut moral de tout auteur qui lui permet de faire apposer son nom et sa qualité sur chaque reproduction de son œuvre, est en effet incessible. Le rewriter en mal de reconnaissance pourra donc remettre en cause tous les arrangements, et revendiquer la mention de son nom en tant qu'auteur ou coauteur ainsi que le versement d'une rémunération appropriée au succès du livre."
Pas question de citer plus longuement Emmanuel Pierrat : je crois avoir atteint la limite autorisée pour la citation, qui, faut-il le rappeler, n'est autorisée par le Code de la propriété intellectuelle qu'à titre d'illustration, d'hommage aussi... Mais au-delà d'une certaine étendue, elle risque d'être considérée comme une contrefaçon, dès lors qu'elle tend à se substituer à l'oeuvre originale, à laquelle le lecteur ne jugerait même plus utile de se référer directement. Au contraire, notre propos est bien aujourd'hui de vous inciter, grâce à cette citation courte, ou d'une longueur raisonnable, à lire, directement sur le site de Livres Hebdo, l'exhaustivité de la chronique de Pierrat !
J'ajouterai un exemple de ces conflits qui ont pu opposer auteurs et écrivains fantômes, comme au temps de Dumas et Maquet, celui d'Anne Bragance qui avait réussi à faire reconnaître par le tribunal sa qualité de co auteur du roman de Michel de Grèce, La Nuit du sérail, au nom du droit moral, et en particulier du droit de paternité, inaliénable et imprescriptible. En revanche, le juge lui avait refusé le versement de droits d'auteur qui, eux, relèvent du droit patrimonial, cessible, contrairement au droit moral. La morale est sauve, au moins...
3 mars 2010 : un journaliste très courageux...
Ce doit être le premier article publié et consacré au procès pour diffamation que m'a intenté Bernard Edelman en novembre 2007 pour avoir osé analyser son ouvrage Le sacre de l'auteur dans mon essai Plagiats, les coulisses de l'écriture. La revue Sciences Humaines de ce mois de mars fait le point sur l'affaire et s'inquiète, comme nous-même, des risques qu'encourt la liberté d'expression des enseignants-chercheurs, gage de l'indépendance de la recherche. Puisque chaque mot que j'écris semble désormais soumis au regard inquisiteur, je préfère laisser parler Emmanuel Lemieux dans son article intitulé "Procès autour d'un plagiat"... Je passe le relais à d'autres esprits critiques mais je touche du bois pour qu'ils échappent à un procès... pour diffamation. Esprit, es-tu là ?
22 mars 2010 : "Les règles du savoir-plagier"
Le Magazine littéraire de ce mois de mars consacré à Dostoïevski suit l'actualité du plagiat. Vous pouvez lire en effet un article de quatre pages que j'ai écrit sur le thème de la création littéraire, sur les phénomènes d'influence, de réécriture, servile, ou créative... ! Le mois dernier, Dumas était à l'honneur de ce même magazine, il est encore temps de lire le dossier consacré à l'un de nos plus célèbres plagiaires qui, sûr de son génie, affirmait : "L'homme de génie ne vole pas, il conquiert..."
23 mars 2010 : le plagiat, une "question d'éthique"
Le débat que j'ai eu hier sur le plagiat, avec Monique Canto-Sperber et Marie Darrieussecq, est accessible en podcast sur le site de France Culture. L'émission "Questions d'éthique" a permis de faire le point sur "le plagiat, raisons et déraisons".
Comment expliquer la multiplication des affaires de plagiat ? Il faut évoquer les raisons économiques et technologiques, certes, mais aussi le désir d'écrire et d'être reconnu à tout prix dans le champ littéraire. Les grands écrivains sont à ce point en quête d'une écriture originale, propre à exprimer leur univers personnel et leur vision du monde que le plagiat leur apparaît comme l'ennemi à vaincre, tant les modèles admirés sont souvent à la source d'une inspiration qui doit relever le défi d'un dépassement des influences et des imitations inévitables.
C'est donc sur une sorte de fil rouge que s'aventure à chaque fois le créateur, à la fois nourri des lectures qui lui ont quelquefois révélé son authentique vocation d'écrivain et, en même temps, avide de dire, de se dire dans des mots qui sont sa chair même, le reflet de sa vie et de ses plus intimes pensées. Entre plagiat et originalité, le processus de création littéraire est périlleux, improbable, et il renvoie immanquablement l'auteur à une quête de soi, qui n'appartient qu'à lui, traduit dans un langage, qui appartient à tous...
7 avril 2010 : défendre la liberté d'expression des enseignants-chercheurs
Travaillant comme chercheur sur un sujet sensible comme le plagiat et l'originalité, je me rends compte à quel point une accusation pour diffamation peut être utilisée comme arme de censure et comme entrave à la recherche. Heureusement, la liberté d'expression des enseignants-chercheurs est inscrite dans leur statut. Emmanuel Lemieux, dans le Nouvel Economiste de cette semaine montre à travers plusieurs affaires que dans le domaine des libertés, le combat est toujours d'actualité.
Rappelons donc que si un enseignant-chercheur titulaire dans une université française est attaqué pour une de ses publications liées à son champ de recherche, un tribunal judiciaire ne devrait pas être compétent, mais un tribunal administratif, qui sera apte à juger de la diffamation en prenant en compte : - l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 qui dispose que « le service public de l'enseignement supérieur est laïc et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l'objectivité du savoir; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l'enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique » - et l'article 57 de la même loi selon lequel « Les enseignants-chercheurs, les enseignants et Ies chercheurs jouissent d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions de la présenté loi, les principes de tolérance et d'objectivité ». Citons aussi le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 83 - 165 DC du 20 janvier 1984 concernant cette loi. Selon la décision du Conseil constitutionnel, le statut des enseignants-chercheurs « ne saurait limiter le droit à la libre communication des pensées et des opinions garanti par l'article Il de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen que dans la seule mesure des exigences du service public en cause » et que « par leur nature même, les fonctions d'enseignement et de recherche non seulement permettent mais demandent, dans l'intérêt même du service, que la libre expression et l'indépendance des personnels soient garanties par les dispositions qui leur sont applicables ». Il y va de l'indépendance de la recherche et de la survie d'une critique encore possible .15 avril 2010 : encore un (gros) effort pour limiter le plagiat universitaire
Le sujet devient vraiment de plus en plus préoccupant, côté étudiants et enseignants, tant les arnaques se multiplient avec des mémoires achetés et des thèses plagiées. Et c'est toujours, du moins en France, un sujet tabou. Autrement dit, l'omerta. Peur de mettre en cause un directeur de recherche qui n'aurait pas été suffisamment exigeant à l'égard de son thésard, ou qui ne l'aurait pas suivi d'assez près pour lui inculquer les bonnes manières en matière de recherche. Peur pour la réputation de l'université, alors qu'au contraire, la valeur des diplômes peut aussi s'apprécier selon la rigueur avec laquelle on les attribue.
J'ai déjà bien milité, dans mon essai Plagiats, les coulisses de l'écriture (Paris, La Différence, 2007), avec un chapitre entièrement consacré au plagiat à l'université ; j'ai même écopé d'un procès pour diffamation et c'est avec un certain soulagement que je vois des collègues prendre le relais pour réhabiliter une déontologie au sein de nos universités. En Suisse, Michelle Bergadaa, oeuvre depuis longtemps, grâce à son site internet, pour dénoncer une certaine complaisance concernant le plagiat universitaire. Elle a publié récemment un rapport sur «La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants». Cette étude révélatrice est le résultat des analyses de la Commission Ethique-Plagiat mandatée par le Rectorat de l'Université de Genève. Elle est donc soutenue par les institutions dans cette lutte pour une meilleure crédibilité des diplômes universitaires.
Et voilà qu'en France aussi, un téméraire collègue de l'Université Paris 8 a créé un blog "Archéologie du copier-coller" suite à des abus qui l'ont convaincu que le combat n'aurait aucune chance d'aboutir sans qu'une information à grande échelle soit réalisée, au-delà même des murs de son établissement.Jean-Noël Darde, Maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication, a donc pris son bâton de pélerin et vient de mettre en ligne pendant ces derniers mois plusieurs articles troublants qui montrent le grand malaise touchant ce sujet encore tabou.
Dans son article de janvier 2010, Jean-Noël Darde insiste sur le fait que si des logiciels de détection de similitudes sont utiles et peuvent dissuader certains étudiants de plagier, il ne s'agit pas pour autant de logiciels anti plagiat et il en fait la démonstration par l'exemple. Ainsi, il faut toujours vérifier toutes les sources indiquées par le logiciel pour, entre autres ,neutraliser des citations tout à fait justifiées, mais que l'outil informatique ne prend pas en compte car il ignore les guillemets ! Inversement, il suffit de faire un copier-coller légèrement retouché pour échapper à la détection informatique, car l'outil ne semble repérer que des segments de 10 mots au moins à la suite...
En revanche, on sera surpris des possibilités qu'offre Google pour faciliter un premier repérage, même dans des cas de plagiat avec transformation du texte sous forme de paraphrases, ou à partir de traduction automatique... Quelques astuces vous sont données dans l'article de décembre 2009 "Le briquet de Darwin".
Surtout, vous serez assez consternés de lire quelques histoires vraies de plagiat où, contre tout bon sens, s'affirme la réticence de certains universitaires à annuler des diplômes concernant des mémoires contrefaits.
Ce qui ressort de toutes ces réflexions, c'est qu'il ne faut pas compter, pour le moment, sur une solution unique, celle des logiciels existants, pour faire la chasse au plagiat, tant les moyens de contournement sont aisés. L'avenir est tout autant du côté de l'information et de la formation à la méthodologie de la recherche...
24 mai 2010 : un sujet de moins en moins tabou...
Un article de Caroline Venaille dans le Monde.fr intitulé "Plagiat : la copie pointée à l'université" confirme que la question du plagiat universitaire va peut-être cesser d'être un tabou et que désormais il deviendra moins risqué de mettre en lumière des exemples précis de travaux universitaires usurpés ou d'essais prétendument scientifiques. Dans ce domaine, les susceptibilités sont à vif et le procès pour diffamation n'est jamais loin...
Carole Venaille a réussi à réunir les témoignages de plusieurs universitaires, qui se sont courageusement aventurés sur ce terrain de bataille semé d'embûches. Que la presse s'empare du sujet est le signe que les mentalités évoluent. On ne peut qu'apprécier cette prise de conscience car un tel phénomène nuit à la crédibilité de nos diplômes universitaires et à l'efficacité même de nos institutions.
Au delà de la question du respect du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle se pose aussi la question de la qualité de la recherche, impérativement liée à une déontologie qui doit privilégier la dynamique collective, l'hommage aux pairs et aux prédécesseurs plutôt que la logique individualiste.
2 juin 2010 : gare aux plagiaires sur Internet !
La lutte s'organise avec la création d'un site http://www.touche-pas-mon-contenu.org/ dont le but est d'établir une liste noire des sites plagiaires qui, par la même occasion, se verront discrédités et privés de leurs partenariats avec d'autres sites. Le service est gratuit et le processus rigoureusement décrit. Au final, il s'agirait de constituer une communauté de bons webmasters de plus en plus élargie, au point de rendre la vie impossible aux pilleurs. Laissons parler les concepteurs du projet :En effet, la logique de la démarche TPMC est de dire aux webmasters : "C'est l'union de tous les webmasters qui donnera sa force à TPMC et donc les moyens de peser sur les plagieurs". Et donc le logo TPMC doit être présent sur les sites. Sur le fond, il est en plus judicieux de montrer cette présence de façon maximale à titre dissuasif, adressant un message aux plagieurs potentiels.
L'avenir nous dira si la dynamique collective est assez forte pour imposer une déontologie sur Internet !
8 juin 2010 : un amateur de plantes révolté
Puisque les internautes sont de plus en plus nombreux à consulter ce site, je leur dois de livrer quelques uns de leurs témoignages, résultats de découvertes quelquefois consternantes sur le net. Voici une trouvaille qui nous laisse perplexes :
"J'ai acheté dans les années 70 un ouvrage en deux volumes intitulé "le livre des bonnes herbes", de Pierre Lieutaghi, éditions Marabout, 1978. En faisant des recherches sur le net, je suis tombé sur ça:
http://www.poivrecayenne.com/plantes_medicinales/index.html
Les articles sont rigoureusement les mêmes, mot pour mot , que dans l'ouvrage de Lieutaghi."
24 juin 2010 : "plagiaire, prends garde, plagiaire, prends garde..."
Voici encore un témoignage fort d'un internaute, Philippe COUDRAUD, qui a obtenu gain de cause auprès des tribunaux pour la contrefaçon de sa thèse. Entendons sa propre parole :
"Par décision du Tribunal de Grande Instance de Paris (3ème chambre), en date du 9 mars 2010, Monsieur X, s'étant rendu coupable du délit de contrefaçon en soumettant en novembre 2007, avant soutenance, à un jury de l'Université de Liège, et ce afin d'obtenir le titre de docteur d'Université, sous l'intitulé "Le dénudement de la peinture : La recherche de la liberté dans l'œuvre de Marcel Duchamp", la reproduction servile de la thèse en histoire de l'art que j'avais moi-même soutenue avec succès à Paris X-Nanterre, le 17 novembre 2005, a été condamné à réparer le préjudice. Le Tribunal a par ailleurs ordonné la publication dans la presse d'une partie du dispositif du jugement. La décision est aujourd'hui définitive.
Ma thèse, non encore publiée, a pour intitulé "Les Ménines en vitesse. La critique du "temps social" dans l'œuvre de Marcel Duchamp" (Directeur de thèse M. le professeur Claude FRONTISI)."
Comme le précise très justement Philippe Coudraud dans l'information qu'il m'a adressée, cette affaire concerne le monde universitaire pour deux raisons essentielles :
"1- Il n'est pas vain, en France, d'intenter un procès pour plagiat ; le
fautif peut être sévèrement puni. L'affaire a été prise très au sérieux par
les juges.
2 -A l'heure de l'Europe, comme on peut le constater dans cette affaire, la
solidarité entre universitaires existe. L'Université de Liège a parfaitement
réagi et a été tout à fait coopérative."
Espérons que ce jugement ait valeur dissuasive pour les plagiaires potentiels !
6 juillet 2010 : je me sens de moins en moins seule...
Ces questions de déontologie liées au plagiat mettent en cause des comportements tantôt frauduleux, tantôt tendancieux, qui atteignent aussi bien le milieu universitaire que le milieu éditorial, sans qu'il soit toujours possible, sauf à se retrouver devant un tribunal, de faire part publiquement du résultat de ses investigations et enquêtes, même en toute prudence et mesure .
Pourtant, la chape de plomb tend à révéler des failles, comme le montrent nos actualités précédentes. Aujourd'hui, c'est à nouveau un universitaire qui monte au créneau, Sylvain Piron, maître de conférences à l'EHESS. Il se fend d'un article éclairé sur "La question du plagiat", sur le site consacré à l'évaluation de la recherche en SHS (Sciences Humaines et sociales). Il rappelle ainsi que plusieurs affaires ont donné lieu à des décisions ou jugements récents, favorables aux plagiés. Qu'il s'agisse du CNU, de l'université de Liège, du Conseil d'Etat ou du TGI de Paris, des instances universitaires et judiciaires ont décidé de sanctionner les plagiaires.
Une force de dissuasion semble désormais se constituer collectivement, afin que s'affirme une certaine éthique dans les domaines de la recherche et de la création littéraire, au moment même où notre société tend à basculer vers des comportements consuméristes peu propices à la maturation intellectuelle et à un partage du savoir dans la transparence et la reconnaissance du travail de chacun.
7 septembre 2010 : vous avez dit collage ?
Evidemment, il en fallait un en cette rentrée littéraire, le plagiaire de service, et c'est Michel Houellebecq qui sert de cible à une nouvelle accusation de plagiat. Son dernier roman, La Carte et le territoire, a fait, avant même sa sortie en librairie, l'objet d'une attention et d'une convoitise étonnamment fébrile. L'affaire est sortie sur le net, sous la plume virtuelle mais pas moins redoutable de Vincent Glad, journaliste à Slate.fr. L'article intitulé "Houellebecq, la possibilité d'un plagiat" indique scrupuleusement les extraits du roman et ceux du site Wikipedia, du ministère de l'Intérieur et d'un Guide de Châteaux et Hôtels concernés : cinq passages franchement insipides consacrés au pedigree de Frédéric Nihous, président de Chasse, pêche, nature et traditions, à la description de la mouche domestique, de la ville de Beauvais, du métier de commissaire de police et de l'Hôtel Particulier à Arles...
Autant dire que si la lecture de tels passages au fil du roman est plutôt ennuyeuse, la révélation qui nous est faite d'un plagiat est vraiment rassurante : ah ! ce n'est pas du Houellebecq ! Quel soulagement d'apprendre que ce matériau totalement sec n'est que pièce rapportée, petit amusement entre amis internautes, collage à la manière cubiste, privilégiant le bout de papier journal bizarrement accolé à une étiquette dans une savante et somptueuse composition de Braque... Vous me direz qu'il fut une époque où les clins d'oeil entre écrivains et lecteurs se faisaient via des citations cachées de l'Enéide ou de Flaubert. Les Oulipiens, si souvent invoqués pour justifier de bas larcins, savaient y faire et ils s'y connaissaient en matière de réécriture inventive et récréative !
Pourvu que personne en tout cas n'ait l'idée d'encombrer les tribunaux avec cette fausse drôle histoire de plagiat... Car, rappelons-le : pour qu'il y ait contrefaçon, il faut au moins que le texte recopié soit original pour mériter une quelconque protection...
24 septembre 2010 : les juristes aussi s'attaquent à la lutte contre le plagiat universitaire
A l'initiative de Gilles J. Guglielmi et de Geneviève Koubi, tous deux membres de l'équipe de recherche le CERSA (centre d'études et de recherches de Sciences administratives et politiques de l'Université Panthéon Assas Paris 2), un séminaire de cinq séances tout au long de l'année universitaire 2010-2011 sera centré sur le plagiat de la recherche. Des informations régulières sur ces rencontres vous seront régulièrement fournies sur le site Drôle d'en-Droit, ce qui nous confirme que les juristes n'ont pas à envier aux littéraires, ni leur humour, ni leur souci de déontologie.
Les rangs se ressèrent donc autour d'une question qu'il va décidément falloir assainir, tant dans ce genre d'affaires, ceux qui découvrent les plagiats en matière de recherche sont quasiment plus mal vus que ceux qui les commettent !!! Ce séminaire va permettre d'allier les forces des juristes, des littéraires et des spécialistes de la communication et du marketing.
L'objectif de cette action est, selon Gilles J. Guglielmi, de "caractériser les éléments de définition du plagiat scientifique ou plagiat des travaux de recherche, à approfondir les moyens de le caractériser et enfin à construire les principes d'une réponse consensuelle qui pourrait y être donnée en fonction des priorités des acteurs."
Rendez vous le vendredi 12 novembre 2010 de 10h à 13H, 10 rue Thénard, Paris 5e : ce séminaire est ouvert à tous les chercheurs souhaitant s'y informer, y témoigner ou s'y consacrer. La première séance sera consacrée à la réponse des institutions académiques face à des affaires de plagiat de thèses ou de mémoires. Des acteurs et responsables des différentes institutions seront présents.
5 octobre 2010 : La Croix et Mediapart soutiennent la lutte pour une meilleure déontologie en matière de recherche
Deux récentes affaires de plagiat de thèse ont suffisamment inquiété certains universitaires, soucieux de la crédibilité de nos diplômes, pour que la presse se fasse écho d'un phénomène qui doit cesser d'être tabou. Le 26 septembre dernier, Nicolas César, journaliste au journal La Croix, a relancé le sujet d'actualité en pleine rentrée universitaire : "Des professeurs brisent le tabou du plagiat à l'université". Il montre tout d'abord l'ampleur du problème, puisque des sites internet payants mettent désormais à la disposition des étudiants des devoirs, des mémoires et même des thèses prêts à l'emploi. Mais il insiste aussi sur la difficulté pour les universités de s'attaquer au fléau, sans pour autant créer le trouble au sein de l'institution, soucieuse de préserver son image.
Geneviève Koubi, professeur de droit public à l'Université de Nanterre, dans un article "Citer les sources : oubli, plagiat et auto plagiat", rappelle en effet les exigences de l'Université concernant la délivrance des thèses de doctorat : aux termes de l'alinéa 3 de l'article L. 612-7 du Code de l'éducation, « le diplôme de doctorat est délivré après la soutenance d'une thèse ou la présentation d'un ensemble de travaux scientifiques originaux." Et de préciser : Copier-coller et plagiat sont, pour l'instant, des fautes qui, dans les espaces judiciaires, restent assimilées à la fraude ou à la contrefaçon. Dans les sphères universitaires, outre les sanctions qui pourraient être décidées par les tribunaux, en matière pénale, commerciale ou civile, ces comportements, inadmissibles, sont sanctionnés, en matière disciplinaire, par exemple par l'exclusion temporaire ou définitive de tout établissement d'enseignement supérieur ou par une disqualification qui ferme l'accès à un emploi d'enseignant-chercheur." Autant dire que la société civile et l'institution disposent d'un systéme de sanctions apparemment efficaces pour lutter contre le plagiat. Pour preuve, deux plagiats de thèses ont fait récemment l'objet de condamnations : un plagiaire de l'Université de Picardie a vu sa thèse annulée par le conseil de discipline de son université en mai 2009 ; un autre, de l'Université de Liège, a été condamné en mars 2010 par le TGI de Paris pour contrefaçon.
Louise Fessard, explique ces deux affaires, sur le site Mediapart, dans son article du lundi 4 octobre, "Le plagiat de thèse reste un tabou à l'université". Par ce titre, elle entend bien nous signifier que ces deux affaires, qui montrent que les systèmes de sanction judiciaire et universitaire peuvent fonctionner, sont peut-être l'arbre qui cache la fôrêt... Pour deux plagiats sanctionnés, combien encore sont étouffés ? Mais la communauté universitaire est de plus en plus consciente que sa crédibilté se renforcera en fonction de sa capacité à sensibiliser, par la prévention, aussi bien que par la sanction, ses acteurs, étudiants et chercheurs, à une déontologie en matière de recherche.
12 octobre 2010 : encore et encore...
On n'ose même plus commenter ! les étranges similitudes laissent perplexe sur l'idée que certains se font désormais d'une thèse ! Regardez donc de près cet exemple qui a le mérite de faire une analyse très précise de la part du plagié.
La brièveté de cette actualité s'explique, chers internautes, par des pressions que je subis concernant d'autres affaires que celle-ci...
1er décembre 2010 : le plagiat à l'université devient un vrai sujet de réflexion
Le 10 décembre prochain, se poursuivra le séminaire sur le "plagiat de la recherche" organisé à l'université Paris II par le professeur de droit public Gilles Guglielmi dans le cadre de son équipe de recherche le CERSA. Le thème de cette séance sera les droits du plagié : " Cette séance envisage, à partir d'expériences vécues et traitées par plusieurs des intervenants, la situation juridique, institutionnelle, psychologique, du chercheur qui pense avoir été l'objet d'un plagiat ou qui a été ouvertement plagié. Elle procèdera, par rapport à l'examen précédent des procédures de réponse donnée par les institutions, à l'étude de la position et des réactions des éditeurs éventuels du plagié, de ses collègues, de l'information qu'il est susceptible de recevoir et d'émettre, de la nature et de l'effectivité des réparations de son point de vue." D'autres séances sont prévues dès janvier 2011, pour terminer par un colloque en octobre 2011.
Le site internet Rue 89 s'est fait l'écho de ce travail collectif destiné à renforcer la déontologie universitaire. Dans son article, le journaliste Erwan Manac'h qualifie ceux qui oeuvrent pour davantage de transparence dans l'utilisation des ressources documentaires dans les mémoires et les thèses "d'amoureux de la recherche que la contrefaçon ébranle". C'est une jolie manière de rappeler qu'un chercheur utile à la collectivité est un chercheur qui a non seulement une bonne connaissance des travaux de ses prédécesseurs et qui apporte, dans ses propres travaux de recherche, une plus value suffisante pour ne pas craindre de citer et de rendre hommage aux auteurs des ouvrages qui lui ont permis de marquer de nouvelles avancées et d'ouvrir, à son tour, de nouvelles pistes de recherche.
13 décembre 2010 : Stephan King rattrapé par son double ?
En 1990, Stephen King avait publié une troublante nouvelle, traduite en français l'année suivante et intitulée « Vue imprenable sur jardin secret » (Minuit 2, J'ai lu). L'histoire était celle d'un écrivain, tellement obsédé par la peur de plagier qu'il s'était imaginé un double de lui-même qui l'accusait de plagiat. L'écrivain torturé par le sentiment de culpabilité finit par se tuer en tirant sur son reflet dans un miroir.
Pourvu que ce drame demeure de la pure fiction car aujourd'hui, on apprend que le grand Stephen King vient d'être assigné pour contrefaçon ! D'après Ron Marquardt, son roman intitulé Keller's Den publié en 2002 aurait été plagié dans le 68e roman de King, Duma Key, publié en 2008 chez Simon et Schuster.
Dans la plainte ("complaint for Copyright Infringement") déposée en décembre 2010, figure une énumération impressionnante de ressemblances, une soixantaine, qui portent sur l'intrigue ("plot"), la structure, l'enchaînement d'événements, le décor, les personnages, leurs caractéristiques, leur rôle et leur fonction. A la lecture de la plainte, le nombre des points de contact s'impose, mais aussi leur précision. Par exemple, les deux personnages principaux ont comme caractéristique commune étonnante de peindre des événements et des personnages dont ils ne connaissent pas l'existence mais qui sont bien réls. Ils ont donc tous les deux un don de voyance qu'ils sont incapables de s'expliquer. Le geste même de peindre échappe à leur contrôle, le pinceau chez l'un ou la brosse chez l'autre s'animent spontanément, les deux artistes sont dépassés par leur propre talent qui jaillit, impérativement, indépendamment de leur propre volonté.
Dans les deux romans abondent les morts suspectes et la présence du diable plane. Les squelettes qui hantent les deux romans présentent certaines précisions descriptives en commun. Les deux héros finissent noyés et se transforment en fantômes. Voici du moins ce qui ressort de la lecture de la plainte, entre autres ressemblances éminemment troublantes.
Cependant, on ne peut s'empêcher de remarquer dans les points de contact la rareté des citations communes. Faut-il en déduire que King a reformulé dans une expression personnelle ses emprunts à Marquardt ? Cette précaution suffit-elle pour neutraliser les emprunts ? Il faudrait, pour émettre le moindre jugement, prendre le temps de lire les deux romans et juger sur pièces... ce que la cour du district Nord de Géorgie ne manquera pas de faire. A suivre de près...
16 décembre 2010 : Séraphine, aussi...
Séraphine de Senlis, peintre au destin tragique (1864 -1942), a fait l'objet en 2008 d'un film brillant d'originalité et récompensé de sept prix en 2009 lors de l'Académie des Césars.
Le César du meilleur scénario original est pourtant très contestable puisqu'Alain Vircondelet, auteur d'une biographie de Séraphine, publiée aux Editions Albin Michel en 1986, a obtenu la condamnation pour contrefaçon de l'auteur du scénario et de la Société de TS Productions. Le 26 novembre 2010, le tribunal de grande instance de Paris a condamné le scénariste et la société de production à payer, d'une part, à l'auteur de la biographie 25 000 € en réparation de l'atteinte portée au droit moral (le nom de Vircondelet n'apparaît nulle part dans le générique du film) et, d'autre part, à l'éditeur la même somme en réparation de l'atteinte aux droits patrimoniaux (les droits du livre n'ont pas été rachetés pour la réalisation du film).
Précisons en revanche que le film ne fait l'objet d'aucune mesure d'interdiction pour deux raisons : 1) "tous les coauteurs de celui-ci, qui sont susceptibles de voir leurs droits atteints, n'ont pas été appelés en la cause" 2) et surtout, "seule une version du scénario est contrefaisante, et non le film" (p. 28 du jugement du TGI de Paris, 3e chambre, 2e section).
Les juges devaient en priorité se demander si la biographie d'Alain Vicondelet est originale, donc protégeable par le CPI. En effet, les défendeurs n'ont pas manqué de faire "valoir que le livre se contenterait de raconter la vie de Séraphine de Senlis en reprenant des faits historiques qui seraient donc dans le domaine public" (p. 4 du jgt). Autre argument de la défense pour montrer la banalité de l'oeuvre de Vircondelet et, par conséquence, son caractère non protégeable : le biographe aurait puisé dans plusieurs ouvrages antérieurs au sien sans y ajouter de plus value personnelle.
Sur ce premier point décisif, le TGI a argumenté en faveur de l'originalité de l'oeuvre de Vircondelet :
1) le récit qui décrit les faits historiques, en soi non protégeables, révéle au public des événements "auparavant restés dans l'ombre" (p. 5). L'auteur affirme ainsi son originalité par son imagination créatrice. De plus, le récit traite ces faits historiques "d'une manière propre à son auteur", selon une "approche personnelle ou littéraire avec laquelle il les retranscrit ou les commente."
2) Les sources antérieures évoquées auxquelles aurait puisé à la fois le biographe et le scénariste n'ont en fait qu'ébauché certaines situations et traits psychologiques qui relèvent donc de la créativité d'Alain Vircondelet.
3) Dernier point délicat : la thèse de Madame Cloarec date, certes, de la même année - 1984 - que celle de M. Vircondelet (à partir de laquelle il a publié son ouvrage chez Albin michel) ; cependant, elle n'a été disponible en bibliothèque qu'en 1997. L'antériorité ne peut donc être alléguée.
Concernant la contrefaçon elle-même, les demandeurs avaient relevé 35 emprunts, de nature littérale ou non. Le tribunal en a retenu un quart, soit 9. En effet, certains emprunts correspondent à des caractéristiques psychologiques de Séraphine qui n'apparaissaient pas clairement dans les sources antérieures. On retrouve ainsi, quasiment calqué : "Elle repousse tout avec dédain, avec ennui. Elle veut qu'on la laisse seule." (biographie, p. 161) "Elle repousse tout avec dédain. Elle veut qu'on la laisse seule" (scénario p. 98).
Ou bien c'est une image poétique originale qui est reprise : "La peinture, dit-elle, c'est passé dans la nuit, ça s'est perdu dans la nuit" (bio, p. 161) ; "Elle dit que la peinture, c'est passé dans la nuit, ça s'est perdu dans la nuit" (scénario, p. 98).
Une autre fois, c'est toute une description détaillée qui se répète : "L'admission y était relativement chère. Elle eut donc sa chambre à elle, ses petites affaires personnelles, déjeuna en salle à mager, dans des assiettes en faïence, mais sans couteau...". Le tribunal considère en particulier que la présence des termes "relativement" et "petites" ne s'imposaient nullement dans cette description qui ne découle donc pas logiquement de la situation de Séraphine, admise au pensionnat. L'adjectif "petite" a une valeur affective qui porte la marque délibérée de son auteur. La contrefaçon est ainsi établie.
Pour finir, retenons seulement ce superbe passage, le plus original sans doute qui porte l'empreinte personnelle du biographe Vircondelet : " Quand il y a des fleurs qui poussent ainsi, je sens que des choses douces, que je ne pourrai pas vous expliquer, ma mère, coulent en moi. C'est comme vous diriez du miel, des liqueurs chaudes qui se glissent le long de tout mon être. Je me dis alors que Dieu m'aime. Il est là en moi, il est comme un amoureux avec moi, il se coule dans moi." (Vircondelet, p. 68- 69) ; "Quand il y a des arbres qui poussent ainsi, je sens que des choses douces que je ne pourrais pas vous expliquer. C'est comme vous diriez du miel, des liqueurs chaudes. Je me dis alors que Dieu m'aime, il est comme un amoureux avec moi." (Provost, scénario, p. 74).
En revanche, n'ont pa été retenues des reprises d'éléments jugés banals, imposés par la situation ou le sujet, relevant du fait historique ou présents dans des sources antérieures.
Ce jugement de 29 pages a au moins le mérite de rappeler précisément la méthode d'évaluation de la contrefaçon et les critères les plus déterminants. Or, on sait à quel point les biographies, les essais ou les ouvrages historiques sont trop souvent jugés de libre parcours, sous prétexte qu'ils s'appuient sur des travaux antérieurs, mais en oubliant quelquefois tout le travail de recherche préalable, de construction intellectuelle, d'interprétation personnelle et, enfin, d'écriture qu'ils exigent pour devenir des oeuvres originales et protégeables. Qu'on se le dise !
Récemment, le journaliste Emmanuel Lemieux a même rappelé une autre affaire touchant le biographe Alain Vircondelet : trop vite qualifié d'écrivain secondaire sous prétexte qu'il ne rechigne pas devant le travail de recherches patientes et inédites, il aurait beaucoup inspiré une biographie en vue de Marguerite Duras...
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